Etude des monuments aux morts de la Grande Guerre à Tamines
 

I. Introduction

« 1885-1914 » […] : vingt-neuf ans. Soudain une idée le frappa qui l’ébranla jusque dans son corps. Il avait quarante ans. L’homme enterré sous cette dalle, et qui avait été son père, était plus jeune que lui. Et le flot de tendresse et de pitié qui d’un coup vint lui remplir le cœur n’était pas le mouvement d’âme qui porte le fils vers le souvenir du père disparu, mais la compassion bouleversée qu’un homme fait ressent devant l’enfant injustement assassiné – quelque chose ici n’était pas dans l’ordre naturel et, à vrai dire, il n’y avait pas d’ordre mais seulement folie et chaos là où le fils était plus âgé que le père.

Albert Camus, Le Premier Homme.[575]

En écrivant son expérience personnelle de la Grande Guerre, Albert Camus exprime parfaitement bien le grand bouleversement provoqué, par celle-ci, au sein des familles. En 1914-1918, un certain ordre naturel a été rompu : cette Première Guerre Mondiale, ses 8 millions de morts et ses 20 millions de blessés constituent un choc énorme au sein de milliers de familles. La Belgique, presque entièrement occupée mais, luttant durant toute la guerre sur une parcelle de territoire « libre », aura aussi son cortège de morts. Pour entretenir leur souvenir, des milliers de monuments vont être édifiés, après la guerre, dans les communes belges. Ces monuments aux morts, comme nous les appelons, érigés par les autorités communales ou par des associations privées participent au mouvement plus large dit de commémoration.

Le mot commémoration fait appel au mot mémoire, et, c’est bien de mémoire qu’il s’agit ici. Les monuments aux morts, expriment ouvertement une certaine mémoire des événements. Quels sont ces enjeux de mémoire à l’origine des monuments et présents sur ceux-ci ? A quels besoins les monuments aux morts répondent-ils ? Quelle image la commune a-t-elle construite d’elle même dans ses monuments ? Comment se présente elle, quel statut s’attribue-t-elle ?

C’est à ces questions que nous allons tâcher de répondre, à travers l’exemple d’une petite commune de l’Entre-Sambre et Meuse très fortement touchée par la guerre: Tamines. En effet, la commune de Tamines, outre ses soldats morts au combat et ses déportés, a perdu en août 1914 près de quatre cents civils, massacrés par les troupes allemandes. Nous allons donc étudier la manière dont cette commune a forgé sa mémoire de la Grande Guerre.

A cet effet, nous allons aborder, à l’aide des sources à notre disposition, l’étude des divers monuments érigés dans la commune, et ce, à travers toute un série d’interrogations. Qui a-t-on commémoré à Tamines ? Nous verrons que soldats, civils et déportés sont, chacun, honorés dans un monument particulier. Pourquoi cette diversification, cette spécification ? A quels besoins répond-elle ?

Autre question : quels sont les hommes ou les institutions à l’origine de ces monuments , quel furent leurs rôles, d’une part dans la guerre, d’autre part dans le mécanisme de commémoration ? En quels lieux s’érigent ces édifices ? L’endroit choisi est rarement neutre. On pourra se demander également quand eurent lieu les inaugurations ? Des dates symboliques ont-elles été choisies et pourquoi ? Enfin, nous insisterons essentiellement sur la manière dont on a consacré la mémoire de la guerre, autrement dit : pour quelles représentations a-t-on opté ? Que représentent les monuments ? Quelles significations se dégagent de ces monuments ? Quels sont donc les message qu’on a voulu transmettre au spectateur ? A quels besoins conscients ou inconscients répondent-ils ?

Sources et méthode.

Pour répondre à ces questions, nous utiliserons essentiellement trois sources : les monuments, les archives communales et la presse. L’utilisation du monument en tant que source à part entière, présente au cœur de nos villes et nos villages, est relativement récente, tout comme l’est l’étude de la Grande Guerre. Diverses pistes de recherches et méthodes d’analyses ont été mises sur pied et améliorées par des chercheurs tels qu’Antoine Prost et Annette Becker. Nous pouvons, bien entendu, reprendre ces méthodes et les appliquer au cas de la Belgique. Cependant, il n’est peut-être pas inutile d’insister sur les différences de régimes de guerre, séparant les deux pays. En effet, la France ne fut en 1914-1918 que partiellement occupée, tandis que la Belgique placée, dans la grande majorité de son territoire, sous la tutelle de l’administration allemande est davantage susceptible de garder des marques qui risquent de transparaître dans les monuments. Les archives communales, pour leur part, peuvent nous renseigner quant à l’initiateur du monument et toutes les informations à propos de la construction de cet édifice. Elles se feront pour nous l’écho des consensus ou dissensions autour des divers projets de construction. Quant aux articles de presse, il nous permettront de percevoir l’état d’esprit dans lequel les monuments ont été inaugurés et de compléter ainsi les lacunes des archives communales, sur certains points.

Avant de passer en revue les méthodes d’analyse de monuments, nous décrirons rapidement le contenu des archives communales de Tamines. Les archives communales de Tamines sont très riches en informations à propos des principaux monuments de la commune mais ne parlent pas du tout de certains monuments. Nous avons découvert, d’une part les Registres des décisions du Collège des bourgmestres et Echevins, ainsi que les Registres aux délibérations du Conseil Communal.[576] Nous examinerons en détail, au cours de l’étude, les informations qu’ils nous livrent. D’autre part, le service archivistique de la commune a très bien conservé deux boîtes relatives à l’érection des principaux monuments. Il s’agit des boites intitulées Monument aux fusillés (1914.08.22). Erection 1923 (Place St Martin) Dynamité par les troupes allemandes (1940) et Monument Pierre Lefeuvre et autres monuments (soldats).[577] Le contenu de ces cartons est aussi divers qu’intéressant. On y trouve, effectivement, tous les papiers officiels relatifs aux érections de monuments, la correspondance entre les autorités, les architectes et les associations locales, les devis, les listes de souscriptions publiques ainsi que les divers plans. Par ailleurs, nous avons exploité trois quotidiens d’époque : Le Rappel, Vers l’Avenir, deux journaux catholiques et le Journal de Charleroi, d’obédience socialiste à partir de 1900.

Ces deux sources, assez ordinaires, présentées, passons maintenant aux méthodes d’analyse des monuments aux morts. Nous allons passer en revue les questions essentielles qui portent sur ce type de source. En premier lieu, la maîtrise du contexte historique de la commune, élément incontournable dont on ne pourra se passer pour analyser les monuments de celle-ci. En effet, il existe généralement un lien fondamental entre l’histoire de la commune et ses monuments. Le contexte connu, l’analyse du monument lui-même peut enfin commencer, et ce, en deux parties. Il faudra effectivement distinguer la critique externe du monument des messages qu’il transmet.

Les informations portant sur le monument, essentiellement contenues, pour l’essentiel, dans les archives communales n’expliquent pas tout. Elles permettent de dresser la « carte d’identité » du monument, et concernent la phase de critique externe du monument. Il s’agira là de connaître, d’un part, l’origine de l’initiative ainsi que le moment où celle-ci a été prise et, d’autre part qui a financé le monument.[578] La localisation du monument, est un second élément à prendre en compte car, selon Antoine Prost, les monuments aux morts tirent d’abord leur signification de leur localisation dans un espace qui n’est pas neutre.[579] Ensuite, la nature du monument et, plus précisément, la présence ou l’absence de statues est à prendre en compte.[580] Enfin, toujours selon A. Prost, la dernière série d’indications est fournie par les inscriptions que comporte le monument.[581] La combinaison de tous ces critères permet à A. Prost d’établir une typologie des monuments aux morts de la Grande Guerre. Cette typologie distingue : la stèle nue, le monument patriotique, funéraire, civiques.[582] Annette Becker prend en compte, dans ses travaux, les mêmes paramètres qu’Antoine Prost, mais en allant plus vers l'histoire culturelle. Elle recherche en effet les sentiments tels que le deuil, la victoire, la paix ou encore l'espérance qui se dégagent du monument. Cependant, à la différence d'Antoine Prost, elle ne classe pas systématiquement les monuments dans une catégorie : Monument funéraire ? Monument patriotique ? Les œuvres d’art, comme la guerre elle-même, défient la typologie raisonnable de l’historien.[583]

De manière générale, pour l’étude de chaque monument, nous avons suivi le schéma de la communication tel qu’il a été expliqué par Roman Jakobson et Umberto Eco. Ce schéma, nous l’avons transposé sur le processus d’érection de monuments, moyens de communications à part entière. Voici donc ce schéma tel qu’il se présente[584] :

Voici la transposition possible de ce schéma aux monuments aux morts :
La guerre 1914-1918 en général, et les multiples situations vécues par les différents acteurs (civils, soldats,…) en particulier, constituent la source du monument.[585] A partir de là, on retrouve un initiateur du projet de construction de ce monument, soit un privé ou la commune. Le canal utilisé par cet initiateur sera, en l’occurrence, le matériau du monument aux morts, à travers lequel il transmettra un ou plusieurs messages à des destinataires. La manière dont ces messages seront transmis n’apparaît pas dans ce schéma. On la retrouvera dans l’analyse du canal, voie de communication du message, donc du monument, au moyen des critères d’analyse d’A. Prost et A. Becker, soit les inscriptions, la statuaire, les symboles, etc… Nous avons intégré la localisation du monument dans l’analyse du canal dans le sens où cette localisation n’est pas neutre. Ce schéma d’analyse, le lecteur pourra le retrouver d’une part implicitement dans l’analyse des principaux monuments de Tamines, et, d’autre part, en annexe, sous la forme d’un schéma appliqué à chaque monument.[586]

II. Description et analyse des monuments aux morts de la Grande Guerre à Tamines

Nous allons à présent passer à l’étude proprement dite des monuments aux morts de Tamines. Nous avons relevé, dans la commune, neuf monuments ou plaques funéraires. Cependant, nous ne possédons pour certains de ces monuments que leur photographie sans aucune autre information. Par conséquent, nous nous contenterons de les décrire et de percevoir leur signification à partir de leur aspect extérieur. Nous allons donc, dans un premier temps étudier, par ordre chronologique d’inauguration, les cinq monuments principaux de Tamines, pour lesquels nous possédons de nombreuses sources, puis nous verrons les quatre monuments pour lesquels nous n’avons aucune information. Et enfin, nous nous arrêterons un instant, avant de conclure, sur l’étude de plusieurs stèles funéraires du cimetière des fusillés.

1. Les principaux monuments aux morts

1.1 La croix de bois (photos)

Cette croix de bois, remplacée depuis lors par une croix en béton, constitue la première initiative commémorative à Tamines. Elle consiste en une simple croix de bois, d’une hauteur d’environ trois mètres, sans aucune statue, plantée à l’endroit où les hommes furent fusillés le 22 août 1914.[587] Cette croix fut érigée là dès la fin de la guerre, en 1918.[588] Au pied de la croix, se trouvait, à l’époque, une pancarte sur laquelle on pouvait lire : Le 22 août 1914 eut lieu sur cette place la Massacre de la population de Tamines par les troupes allemandes. 383 hommes de tout âge périrent 98 furent blessés. Quant à l’origine de l’initiative, il semblerait que celle-ci provienne des autorités communales, mais ce n’est qu’une hypothèse. Par contre, le 29 juillet 1923, c’est le conseil communal de Tamines qui décide, suivant la proposition du bourgmestre Emile Duculot, l’établissement place des Martyrs d’une croix en béton.[589] Cette croix, n’a pas été supprimée et remplacée par le nouveau monument mais simplement déplacée sur le côté de la place.[590]

La précocité de cette initiative, ainsi que sa localisation démontrent bien l’importance que revêt le massacre pour la commune de Tamines. En effet, comme nous le verrons plus loin, la mémoire du massacre sera présente lors de chaque inauguration de monument. Il fallait donc absolument honorer, au sortir de la guerre, la mémoire des victimes et cela à l’endroit même où ils moururent. L’érection de cette croix constitue le point de départ de tout un mécanisme de sacralisation de la place Saint Martin – qui deviendra plus tard place des Martyrs[591] – passant par plusieurs étapes dont nous parlerons ultérieurement.

1.2. Le monument aux combattants (photos)

Le 27 juillet 1920 lors d’une séance du conseil communal, un conseiller s’oppose au projet d’érection d’un monument aux combattants de Tamines.[592] Ce conseiller ne conteste pas l’idée d’un monument mais l’origine de l’initiative : un privé, M. Liesens, directeur des Charbonnages de Tamines. La raison : Les soldats de Tamines faisaient partie intégrante de la communauté ; c’est au conseil communal, son représentant attitré qu’il appartient de les glorifier en élevant un monument destiné à commémorer leur souvenir. C’est là pour la communauté une tâche sacrée, un devoir impérieux auquel elle ne peut ni ne veut se soustraire, à moins de déchéance morale. L’administration communale ne peut permettre à une personnalité quelconque de la commune de se substituer à elle pour accomplir ce devoir. C’est pour nous tous que nos soldats ont donné leur vie ; c’est à nous tous qu’il importe de prouver et de manifester notre vive reconnaissance en érigeant un monument à leur mémoire.[593]

En fait, la commune avait décidé, au mois de mai, d’acquérir un terrain situé près de l’hôtel de ville, appartenant à un propriétaire privé dans le but d’y élever un monument aux soldats morts durant la guerre.[594] Or cette démarche avait été accomplie par M. Liesens à propos du même terrain. Finalement, la commune trouve un accord avec ce particulier qui peut financer la construction du monument et choisir celui-ci en accord avec la commune.[595] Les travaux commencent, assurés par M. Weygers, et la date de l’inauguration est fixée au dimanche 31 juillet 1921.

La société Les Anciens combattants. Tamines organise la cérémonie d’inauguration, qui commencera, à neuf heures et demi du matin, par un service religieux en plein air devant l’église des Alloux.[596] Ensuite, le cortège se formera pour se rendre au cimetière français et des fusillés à saint Martin et de là il remontera au monument à inaugurer.[597] Après la cérémonie, réception à l’hôtel de ville, concert militaire par la musique du 13e de ligne.[598]

Tamines se souvient de ses héros. Un monument aux morts pour la patrie titre Le Rappel du mardi 2 août 1921.[599] Le journaliste cite un extrait du sermon de l’aumônier militaire soulignant les leçons tant au point de vue spirituel qu’au point de vue matériel, que nous devons recueillir de la grande tourmente et du sacrifice noblement consenti des héros de la localité.[600] Conformément au programme, après s’être rendu sur la place Saint Martin, le cortège revient au monument à inaugurer qui est remis, de la part de la Société des charbonnages de Tamines et de son directeur M. Liesens un prototype du patriotisme, entre les mains de la commune.[601]

Le monument que la commune vient d’inaugurer se dresse entre la gare et l’hôtel de ville, rue de l’hôtel de ville.[602] Cet emplacement n’est pas neutre, car le monument est situé à un passage obligé de la commune, et cela, de manière à ce que tout le monde puisse le voir. Posé à hauteur d’homme, ce qui ne le rend pas écrasant, il mesure un peu plus de deux mètres de hauteur, sur un peu moins de large. Y figurent, en bas relief, deux personnages, une femme comme allégorie de la Patrie et le soldat, dont nous parlerons dans un instant, et, sur son socle sont inscrits les noms des 24 soldats Taminois tués au combat ainsi que la mention : Ils sont morts pour la Patrie. C’est un monument patriotique si l’on se réfère à la typologie d’Antoine Prost.[603] Le nom de la commune de Tamines n’apparaît donc pas sur la pierre. Est-ce dû au fait que le monument est le fruit d’une initiative privée ? De plus, les noms des soldats ne sont ni classés alphabétiquement ni par ordre chronologique de décès, ni par grade. Les deux premiers noms sont ceux de Yvan et Antoine Liesens, deux des fils de M. Liesens qui est à l’origine du monument.[604]

Quant aux deux personnages, le soldat et la Patrie, ils ont chacun des attributs qui leur sont propres mais qui ne sont pas sans liens l’un avec l’autre. D’une part le soldat, fièrement équipé, il possède tous les attributs caractéristiques du soldat belge, et de surcroît, il ne porte aucune trace de la guerre (blessures,…).[605] C’est un soldat qui s’élance au combat, baïonnette au canon. Il figure l’honneur, le courage et la vaillance du combattant. D’autre part, la Patrie est représentée sous les traits d’une jeune femme, coiffée et vêtue à l’antique, dans de grands drapés larges. Elle est assez jeune pour être épouse et assez âgée pour être mère. L’artiste donne une image de la Patrie à laquelle les femmes peuvent facilement s’identifier. Il en va de même avec l’image du soldat à travers laquelle un ancien combattant peut plus facilement se reconnaître que dans la représentation d’un soldat mort.

Par ailleurs, l’attitude de proximité, de ces deux personnages exprime, de manière figurée, le lien entre la Patrie et le soldat. En effet, l’artiste a figé le soldat dans une position d’élan, d’avancée et a rendu également ce mouvement pour la Patrie, mais en y ajoutant une certaine retenue. Traduction suggérée du lien créé entre le soldat et la Patrie qui soutient et pousse le soldat au combat. De plus, un parallélisme de mouvement s’inscrit dans les deux corps et les objets qu’ils tiennent.[606] Les pieds gauches partent du même point symbolisant ainsi un sol commun, le sol national. De là, partent deux lignes, suivant chacune le dos des deux personnages, jusqu’au sommet de leur tête. Une autre ligne suit le fusil du soldat pointé vers l’avant, et, parallèle à celle-ci une autre suit le drapeau également dirigé en avant. L’artiste a donc créé un parallélisme entre le fusil et le drapeau, ce dernier présenté comme « l’arme » de la Patrie. Le monument nous montre deux corps et deux armes. On voit également la Patrie qui prend le soldat sous son aile protectrice : le drapeau. L’attitude des deux personnage est clairement offensive. Monument intéressant dans une commune qui a terriblement souffert de la guerre, et qui en est ressortie meurtrie. Intéressant au niveau national puisqu’il représente la Belgique (la Patrie) dans une attitude offensive alors qu’en réalité, elle a plutôt subi l’attaque allemande, donc défendu son territoire. En effet, ce type de monument est plutôt rare en Belgique. Nous percevons ici une des caractéristiques de la mémoire collective, qui consiste en une reconstruction du passé que l’on va idéaliser.

D’autre part, l’inscription ajoute au moins deux dimensions au monuments. Premièrement, l’inscription Ils sont morts pour la Patrie symbolise bien le lien établi sur la pierre entre les deux personnages. Deuxièmement, cette inscription répond à un besoin essentiel de l’après-guerre. Cette guerre mondiale, fruit du nationalisme, reste complètement absurde, comme le sont toutes les guerres. Or cette guerre a touché la majorité des familles qui ont ressenti le besoin de trouver une justification à la mort de leur proche. Et de surcroît, il fallait trouver une raison valable. Cette raison, ce sera la Patrie, motif reconnu par une large majorité de la population. Ce message peut s’adresser également aux anciens combattants, dont beaucoup ont été choqués par la guerre. A Tamines, ce besoin se manifeste très clairement dans l’inscription du monument. Pourquoi ces hommes ont-ils combattu et sont-ils morts ? Pour la Patrie !

1.3 Le monument aux soldats français (photos)

L’histoire du monument aux soldats français débute par une lettre envoyée, le 31 mai 1923, par l’association Les amitiés Françaises de Tamines, au Bourgmestre et échevins de la commune, annonçant officiellement leur projet : Messieurs, Nous avons l’honneur de vous informer que nous avons décidé d’ériger, au tienne d’Amiont, un monument à la gloire de l’armée française et à la mémoire de ses vaillants soldats tombés à Tamines et environs, en Août 1914, lors de la bataille de la Sambre.[607] Cette association, organisée pour l’érection d’un Monument à la Gloire de l’Armée Française (…) compte, et c’est intéressant de le noter, comme président d’honneur M. Liesens et vice-président M. Duculot, le bourgmestre de Tamines ainsi que trente et un autres membres.[608] Nous ignorons la date exacte de création de l’association, mais celle-ci est antérieure à l’année 1923 ; puisque le 4 juin 1923, le comité annonce aux bourgmestre et échevins que le montant des souscriptions réunies depuis l’année précédente s’élève à 31004 fb.[609] Dans cette lettre ils annoncent que le coût du monument, le salaire de l’architecte ainsi que le parachèvement s’élève à 30600fb.[610] Par ailleurs, cette association a imprimé une liste reprenant le nom et la somme offerte par tous les souscripteurs.[611] Remarquons que la moitié des fonds nécessaires à l’érection du monument proviennent de sept entreprises, dont six charbonnages.[612]

La cérémonie d’inauguration, fixée le dimanche 29 juillet 1923, est organisée par l’association à l’origine du monument. La presse résume l’inauguration : en même temps qu’elle glorifia l’héroïsme français, la journée d’hier raviva dans tous les cœurs la haine sacrée du boche.[613] Le Journal de Charleroi débute son article par la description de Tamines où il voit encore les traces de la folle destruction guerrière et en profite pour raconter à nouveau l’histoire du massacre.[614] Ces faits remis en mémoire, le journaliste peut commencer le récit de l’inauguration. Le cortège se forme à 14 heures, après une réception à l’Hôtel de ville, toutes les personnalités sont passées en revue.[615] Une première gerbe est déposée au monument des combattants de Tamines avant de descendre place Saint Martin où une seconde gerbe vient fleurir la croix de bois, au son de la Brabançonne.[616] Ensuite, le cortège arrive par la rue de Falisolle, abondamment et magnifiquement pavoisée au monument à inaugurer.[617]

Le monument se dresse le long de la route de Falisolle, là où se tenaient les troupes françaises lors de l’attaque allemande, près du lieu dit Tienne d’Amion. L’endroit est symbolique car c’est là qu’un jeune soldat fut tué après avoir abattu un nombre considérable de soldats allemands. Le monument se présente sous la forme d’un mur, accessible par trois marches, et dont le centre est surélevé et surmonté par la statue d’un poilu : Pierre Lefeuvre.[618] Sur la partie droite du mur, une grande plaque est écrit : C’est ici que le soldat Pierre Lefeuvre du 70e régiment d’infanterie s’est héroïquement sacrifié. En dessous, à droite de la statue, une autre plaque: Hommage de reconnaissance et d’admiration aux glorieux soldats français tombés en Août 1914. « Les amitiés françaises » de Tamines. La sculpture a été réalisé par M. Allard et le monument construit en pierres d’Ecaussines.[619]

La statue représente donc Pierre Lefeuvre, jeune soldat de 24 ans, d’origine bretonne, tué durant les combats du 21 et 22 août 1914.[620] Le président de l’association organisatrice présente, dans son discours, l’histoire du jeune soldat : Et bientôt, l’ennemi repasse le pont de Sambre pour la ruée décisive. C’est alors que s’illustra l’immortel petit Breton de 24 ans, Pierre Lefeuvre. Tireur d’élite, il attend le Boche froidement. Il tire méthodiquement, calmement comme au stand et ses coups répétés portent la mort dans les rangs de la soldatesque qui s’avance.[621] La statue mesure environ deux mètres de hauteur et domine littéralement le spectateur qui la regarde. Ce dernier est placé en position de contre-plongée. Ce poilu se tient debout, le torse bombé vers l’avant, dans une attitude fière. Dans sa main droite, il serre le canon de son fusil, crosse en terre, signe d’attente. Derrière lui, dans sa main gauche, un drapeau dont la pointe dépasse légèrement son képi. Son manteau entrouvert, au niveau des jambes, nous laisse penser qu’il s’avance. Son regard se porte en direction de Velaine, d’où arrivèrent, en 1914, les troupes allemandes. Avant de poursuivre notre analyse voyons quelle description en donne Le Rappel: (…) c’est une muraille qui se dresse et semble encore vouloir barrer la route à l’envahisseur. Il serre son arme contre lui dans une attitude énergique semblant narguer l’ennemi qui s’avance vers lui.[622] Le soldat debout sur la monument, a été représenté dans une attitude idéalisée.

En fait, à travers un homme qui s’est particulièrement illustré au cours des combats, c’est l’attitude de toute une armée, voire une nation, en l’occurrence la France, qui est représentée ici face à l’invasion allemande. Rappelons le but de cette association : groupement organisé pour l’érection d’un Monument à la gloire de l’Armée Française et à la mémoire de ses vaillants soldats tombés à Tamines et environs les 21 et 22 Août 1914. Or ce monument glorifie un homme qui s’est distingué : Pierre Lefeuvre. De plus, quelle est la plaque la plus importante sur le monument ? La plaque qui célèbre la mémoire de ce jeune soldat, se révèle trois fois plus grande que l’autre plaque, fixée à sa droite, et qui rend hommage aux autres glorieux soldats français tombés en Août 1914. Par ailleurs, sur le monument, et plus précisément sur la plaque consacrée à Pierre Lefeuvre, l’artiste a posé un casque posé sur une palme. Cette palme revêt plusieurs sens convergeants : à la fois palme du martyre (gloire éternelle réservée au martyrs par Dieu), elle représente également le succès, signification provenant du pouvoir régénérateur de cette plante, choisie comme symbole de la résurrection du Christ.[623] Donc, palme du martyre, mais du martyre victorieux que symbolise cette plante en raison de la minceur de son tronc, ainsi que de la couronne de feuillage qui la surmonte, on l’associe aux idées d’ascension, de renaissance et de victoire.[624] Le monument dédie ce symbole à Pierre Lefeuvre, martyr car il s’est héroïquement sacrifié.

Ce monument, initialement créé à la mémoire de l’armée française consacre donc essentiellement un homme, un « héros », symbolisant cette armée. N’est-il pas plus facile, pour la mémoire collective, de retenir le nom d’un homme comme symbole ? On conservera le souvenir de l’armée française et de son illustre représentant à Tamines, le soldat Pierre Lefeuvre.

1.4 Le monument aux fusillés (photos)

Le monument aux fusillés de Tamines, constitue le principal monument de la commune. Lorsque l’on demande à un Taminois des informations sur les monuments aux morts de la commune, c’est, à coup sûr, ce monument qu’ils mentionnera en premier lieu. Ce monument commémore, en effet, l’événement le plus marquant de la guerre 1914-1918 à Tamines : le massacre de 384 civils.

Ce monument va succéder à la croix de bois plantée provisoirement sur les lieux de la fusillade. La première mention de ce projet remonte au 24 janvier 1919 au conseil communal.[625] Pourtant l’inauguration du monument n’aura lieu le 22 août 1926, soit sept années après cette discussion au conseil communal et douze ans après les faits. Le bourgmestre Duculot explique, dans une allocution, les raisons pour lesquelles un monument doit être construit : Considérant que des événements aussi graves appartiennent à l’histoire, qu’ils doivent être commémorés, à perpétuité, non seulement pour sauvegarder l’honneur des innocentes victimes de la barbarie allemande et pour défendre le droit sacré des gens , mais aussi pour flétrir l’acte monstrueux dont les habitants de Tamines ont été l’objet.[626]

Examinons à présent les différentes étapes de l’érection de ce grand monument. Au départ, on retrouve donc la volonté du conseil communal, unanime quant à l’idée, mais divisé au sujet de sa réalisation. Un projet de concours, pour l’érection du monument, est dressé par l’architecte Jules Lalière, de Namur, en 1920.[627] Un projet est déposé, reste donc à le réaliser ? Théoriquement, c’est ce qui aurait dû se passer, mais la réalité va ici s’écarter de la théorie. En effet, en 1921 et 1922, la majorité catholique et l’opposition libérale vont se heurter au sein du conseil communal sur un point : la place Saint Martin. Doit-elle être totalement consacrée à la commémoration des événements d’août 1914, donc perdre sa vocation marchande, et dans ce cas, une nouvelle place publique serait construite à proximité ?

Pour répondre à cette question, un comité consultatif est mis sur pied le 2 août 1921, il a pour mission de donner son avis sur la question de la grand’ place, à laquelle sont rattachés des intérêts moraux et vitaux qui préoccupent si vivement et si justement toute la population.[628] Ce comité sera composé de quatre personnes des Alloux et quatre de Saint Martin ; quatre seront d’opinion catholique et quatre d’opinion cartelliste. En outre, il se composera de quatre survivants de la fusillade et de quatre personnes choisies dans la population.[629] Ce comité va se dissoudre plusieurs mois plus tard sans rendre d’avis. Par conséquent, la décision reste à prendre.

Un échevin libéral, M. Defosse, expose son point de vue de la question, qu’il débute par un rappel des faits et, ajoute ensuite que des événements d’une telle gravité, survenus dans des circonstances si atroces, appartiennent à l’histoire ; qu’ils doivent être commémorés indéfiniment pour la sauvegarde de l’honneur des innocentes victimes de la barbarie teutonne, pour la conservation de la bonne réputation de la commune de Tamines ; (…)[630] Il expose ici toutes les raisons de construire un monument sur la place, où devraient avoir lieu les manifestations commémoratives. Mais que pour donner à ces manifestations l’ampleur, la solennité et le respect qu’elles comportent il est indispensable d’enlever à la Grand Place, sa destination ancienne pour la consacrer exclusivement au culte des morts et au souvenir d’événements tragiques cet endroit devenu sacré pour tous.[631] Cet échevin propose de créer une nouvelle place à proximité. Son projet est rejeté par 6 voix contre 5.[632] Les catholiques décident qu’étant donné que la situation financière de la commune ne lui permet point d’envisager actuellement la création d’une place nouvelle, la partie de la place Saint Martin, où a eu lieu le massacre, sera clôturée et donc séparée du reste de la place.[633] Du reste, la localisation du monument, sur la place, saute aux yeux, puisque c’est l’endroit même du massacre. De plus, signalons que cette place constitue également dans la commune un lieu de passage obligé, rendant le monument visible aux yeux de tous.

La décision ne plaira pas comme en témoigne cette déclaration de M. Liesens au conseil communal : Ne pouvant admettre que des festivités bruyantes et des réjouissances publiques se déroulent sur la place où tant de Taminois sont tombés victimes de la barbarie boche (…)[634] La décision ne sera pas modifiée. En outre, le 30 septembre 1922, la majorité décide de la création d’un comité chargé de réunir des fonds pour financer le monument.[635] Elle annonce également le choix du projet déposé par M. Lalière ainsi que son coût : 128.161 fb.[636] De plus, on charge le collège de faire toutes les diligences nécessaires afin d’hâter l’érection de ce monument dont l’inauguration se fera au plus tard le 22 août.[637] L’opposition va reprocher à la majorité d’avoir choisi l’architecte, le projet, sans demander l’avis de l’opposition et surtout que le projet de M. Lalière ne répond pas à l’attente de la population.[638] Malgré ces protestation, la construction du monument va se poursuivre peu à peu jusqu’à son inauguration en août 1926. La sculpture sera confiée à Henri Mascré, de Bruxelles, et reviendra à 35000 fb.[639]

Le monument, sera achevé après le mois d’août 1925, reportant à l’année suivante son inauguration. En effet, celle-ci devait absolument se dérouler le 22 août, date anniversaire de la fusillade. L’inauguration a donc lieu le dimanche 22 août 1926 en présence de centaines de personnes et d’un nombre considérable de personnalités. Elle se déroule, comme les précédentes en plusieurs étapes. La presse va, bien entendu, rendre largement écho de cette manifestation, puisque Le Rappel et Vers l’Avenir en feront une partie de leur Une, seul le Journal de Charleroi reléguera l’article, fort court, en 3e page.[640] La cérémonie débute par une messe, le matin, à l’église des Alloux, sanctuaire des malheureuses victimes que la soldatesque allemande allait immoler.[641] Le prêtre a, dans son sermon défini le sens que doit avoir la cérémonie commémorative d’aujourd’hui.[642] Il voit tout d’abord, un devoir de reconnaissance envers les héros Taminois qui ont donné leur sang et leur vie pour nous, ensuite il ajoute nous devons être fiers de leur sacrifice et nous ne pouvons mieux faire qu’exalter leur mémoire et il conclut : faisons en sorte que la leçon des douloureux événements de la guerre exalte en nous l’esprit du renoncement et du sacrifice.[643] Un cortège se forme ensuite et parcours l’itinéraire suivi le 22 août 1914 par les malheureux Taminois.[644] Ils s’arrêtent au monument dédiés aux soldats puis continue en direction de la place. Le ministre de l’agriculture M. Baels[645], au nom du gouvernement, va y prononcer son allocution, dont voici quelques extraits : La Belgique t’enlace, comme son enfant préférée, car tu as le plus souffert et tu es l’image de sa propre torture ! (…) debout les morts ! Debout, les insultés, les cravachés, les conspués, les flagellés, avant d’avoir connu les affres du trépas. Debout (…) tous ceux de cette terre sainte, debout ! Vous êtes nos aimés, vous êtes nos héros, vous êtes nos chers crucifiés, vous êtes les plus grands de nos enfants ! (…) Regarde Tamines, symbole impérissable de l’innocence martyrisée. C’est aussi le symbole le plus frappant du martyre de la Belgique ![646] Le cortège se rend alors au cimetière des fusillés puis au monument consacrés aux soldats Français. A 14h 30 avec l’arrivée du prince Léopold, l’inauguration du monument, proprement dit, peut commencer. Le bourgmestre Emile Duculot débute par un discours, suivi par Mme Rosart-Hubeau, présidente de l’Association des Veuves et des Ayants-droit des victimes civiles de la guerre, de M. Permiganeu, survivant de la fusillade, de M. Fauville, président des Anciens Combattants et enfin de S. A. R . le prince Léopold.[647] Son discours prononcé, le prince inaugure le monument.

Le monument aux fusillés de Tamines se dresse à l’endroit où furent fusillés les hommes, le soir du 22 août 1914.[648] Il est séparé du reste de la place par un muret traversant la place en largeur et percé au centre d’une ouverture. A sa gauche et à sa droite, quatre pelouses entourées de haies, enclos où 383 Taminois furent fusillés le 22 août 1914.[649] A gauche du monument, contre le mur du pont, trois plaques de pierre sur lesquelles furent gravés les noms des tués. Pour y accéder, trois petites marches, encadrées de chaque côté par une urne de pierre. Au dessus des trois stèles, une inscription : Le 22 août 1914 eut lieu sur cette place le massacre de la population de Tamines par les Allemands. 384 hommes de tout âge périrent 98 furent blessés. C’est le contenu de l’inscription posée au pied de la croix de bois (seule différence, 384 morts au lieu de 383). De plus, aux extrémités et entre les trois plaques, pendent quatre anneaux de pierre. Est-ce une reprise de la symbolique de l’éternité représentée par l’anneau, figure parfaite puisque circulaire ?[650] Quant aux deux urnes, elles sont clairement de type funéraire contenant symboliquement les cendres vénérées des victimes.

Mais revenons au principal monument qui attire immanquablement, à lui tout seul, le regard du badaud. Monument avec statuaire, il représente quatre personnages en train de mourir. Haut de plus de quatre mètres, il écrase le spectateur qui doit, pour bien le voir, prendre beaucoup de recul. Nous le classerions, selon les critères d’Antoine Prost, dans la catégorie des monuments de type funéraire. On y voit principalement une femme : l’allégorie de Tamines. Cette dernière, de corpulence assez forte, habillée à l’antique, porte un drapé léger, épousant les formes du corps. Debout au milieu de trois hommes, elle lève le bras gauche au ciel, la main ouverte, les doigts tendus au maximum, tandis qu’elle se dissimule à moitié la tête, dans son bras droit replié vers l’arrière. Son corps s’arque vers l’avant, comme blessé mortellement dans le dos. Elle représente ainsi la ville de Tamines victime de la « traîtrise allemande ».

Gisant à ses pieds, trois hommes, dont deux sont certainement morts et le troisième, près du pied gauche de cette femme, semble agoniser. Ils sont tous les trois vêtus en civils de l’époque du drame, excepté ce troisième homme, en train de mourir, torse nu. Ils représentent les hommes que les soldats ont exécuté sur la place, le 22 août. Par extension, ne peut-on pas y lire la représentation de toute la population victime du massacre ?

Le sculpteur a donc adroitement mêlé la réalité (les trois hommes) et le symbolisme (l’allégorie de Tamines). Et ce mélange, tel qu’il apparaît sur le monument, n’est pas neutre. En effet, qu’y valorise-t-on principalement ? L’image d’une femme touchée à mort. Bien entendu, cette femme est une allégorie, une représentation symbolique de la commune de Tamines. Le spectateur non initié à l’histoire du massacre peut très facilement, et légitimement, penser qu’il s’agit en fait d’une victime. Or il n’y a pas eu de femmes fusillées avec les hommes sur la place ce soir là. Il semble donc que l’on ait utilisé l’image de l’innocence et de la douleur de la femme de manière à émouvoir le spectateur. Durant la guerre, la propagande a exploité au maximum cette image féminine renvoyant en filigrane à la mère, à l’épouse. Parce que une femme qui souffre et meurt, émeut beaucoup plus.

Quant à la seule inscription, apposée sur le socle du monument, sa signification permet une meilleure compréhension du monument. Aux martyrs du 22 août 1914. Que signifie vraiment le mot martyr ? Dans sa première acception, un martyr ou une martyre est une personne qui a souffert la mort pour avoir refusé d’abjurer la foi chrétienne.[651] La seconde définition plus éclairante, donne : personne qui meurt, qui souffre pour une cause.[652] On qualifie donc les fusillés de martyrs, c’est-à-dire que l’on va trouver une cause à leur mort. Cette cause n’est pas mentionnée sur le monument mais l’est dans l’esprit de l’époque. La presse en rend très bien compte : Ceux qui pieusement sont morts pour la Patrie ou 383 victimes, martyrs de Tamines avaient payé la tribut pour la Patrie ou encore ceux, tant au pays qu’au front, ont sacrifié leur existence pour la Patrie et le sacrifice des 384 fusillés de Tamines morts pour la Patrie.[653] Comme pour les soldats tués au cours des combats, il a fallu donner un sens à ces toutes ces morts brutales. En effet, ces hommes sont morts soudainement, comme toutes les victimes d’exécutions arbitraires, ils ont été choisis puis massacrés. Après la guerre, les vivants ont donc répondu à leur propre besoin, lié au deuil, de trouver et accepter une raison à ces morts.

Lié à ce besoin de trouver une cause juste pour laquelle ces hommes sont morts, apparaît un autre besoin, celui de reconnaissance du statut de victime. Ce besoin procède d’un mécanisme appelé victimisation.[654] Appliqué au cas de Tamines, il s’agit, pour la commune et ses habitants, de se faire reconnaître aux yeux de tous, et principalement du monde extérieur, en tant que victime (de la « barbarie allemande »). A cette fin, on insistera dans les témoignages, discours, sur les aspects horribles du massacre, les destructions, les pillages, bref toutes les souffrances endurées par la population de manière à provoquer, chez le témoin extérieur, un sentiment d’indignation et surtout de reconnaissance. Reconnaissance du mal qui a été fait et ensuite du nouveau statut de victime. En l’occurrence, nous sommes en présence de victimes civiles, des hommes, mais également d’une autre victime : la commune de Tamines, notre cité martyre dira le bourgmestre.[655] La ville de Tamines, comme celle de Dinant ou d’Andenne va s’afficher en Ville Martyre. Cette victimisation se retrouve d’une part, sur le monument sous les traits de cette femme, symbolisant la commune, en train de mourir et d’autre part dans tous les discours d’inauguration.[656]

Les soldats Taminois et Français de même que les civils fusillés, sont commémorés à travers trois monuments distincts. La mémoire de ces trois groupe est assurée, la commune s’est acquittée de son devoir de reconnaissance. Du moins le pense-t-elle, car les autorités communales ont délaissé un autre groupe : les déportés.

1.5 La plaque des déportés

Messieurs les Bourgmestre et échevins de Tamines. Les déportés de Tamines estiment que par leur conduite en Allemagne ils ont droit à une reconnaissance due par la commune ; que par leur abnégation et leurs souffrances endurées ils ont sauvé leurs concitoyens des bagnes allemands. Pour ces motifs, nous vous demandons un monument élevé à notre intention pour perpétuer notre patriotisme aux générations futures.[657] Cette lettre a donc été envoyée dès 1922 au Bourgmestre. Dans les faits, la société des déportés n’obtiendra ni le terrain ni les fonds nécessaires à l’érection d’un monument, mais seulement une plaque commémorative. La société revendique effectivement, au mois d’avril 1923, un terrain communal pour y ériger son monument.[658] Le collège échevinal écarte cette demande en juillet 1923, arguant que l’emplacement proposé par la Société des déportés n’est pas très heureux et se prononce pour le placement d’une plaque en bronze sur la façade de l’Hôtel de ville.[659] La société des déportés doit déposer son projet, son coût et le conseil communal décidera du montant offert par la commune.[660]

Rebondissement intéressant en janvier 1927, le président de la société Les Déportés écrit au Conseil communal : Ayant appris qu’une nouvelle proposition avait été faite par Monsieur Fernemont ffion de Bourgmestre (ndlr : récemment élu), concernant la plaque commémorative aux déportés morts pour la patrie et le placement de celle-ci à l’intérieur de l’hôtel de ville, nous protestons énergiquement contre cette proposition et demandons que la décision prise à l’unanimité des membres du conseil (…) soit respectée, c’est à dire une plaque en bronze et placée à la porte d’entrée – principale à l’extérieur de l’hôtel de ville.

Ne serions nous pas aussi dignes d’intérêts que les fusillés et autres victimes de la guerre, le geste de patriotisme des Déportés doit-il être oublié, pour que cette plaque soit reléguée à l’intérieur de l’hôtel de ville, ne doit-elle pas être placée à vue pour montrer aux générations futures le geste magnifique de ces nobles martyrs. Nous osons espérer que notre protestation sera prise en considération et que cette plaque sera placée à vue conformément à la décision de l’ancien conseil communal.[661] L’importance du besoin de reconnaissance, enjeu énorme pour les déportés, apparaît déjà très nettement dans cette réclamation. En effet, pour les déportés la plaque doit absolument être fixée à l’extérieure pour être vue de tous. Leur réclamation est entendue, la plaque sera fixée à l’extérieur, et, la société Les Déportés annonce au bourgmestre que l’inauguration est fixée au dimanche 20 novembre 1927.[662]

L’inauguration doit débuter à 13h par le dépôt d’une gerbe de fleurs à la plaque fixée à la gare en l’honneur des agents des chemins de fer, puis le cortège doit aller fleurir les autres monuments de la commune, respectivement, le monument aux soldats français, aux fusillés, au caveau des combattants et déportés (cimetière) et au monuments des combattants pour terminer par l’inauguration officielle de la plaque aux déportés.[663] Dans la presse, seul Le Rappel rendra compte de l’événement, à travers un petit article inséré en deuxième page. Ce journal annonce que la manifestation n’a pas eu l’ampleur prévue (…) l’itinéraire a été raccourci et plusieurs sociétés étrangères firent défaut.[664] Dans son allocution, le nouveau bourgmestre de Tamines dira que la commune de Tamines estime s’acquitter envers vous d’une dette de reconnaissance.[665] L’article, très court donc, conclut : et la belle manifestation se termine sous un ciel gris et chargé de pluie fine. Ambiance convenant à la tristesse qui malgré tout s’empare des cœurs.[666]

La plaque fixée à gauche de l’entrée de l’hôtel de ville mesure environ un mètre de hauteur.[667] Ornée de motifs végétaux, dont nous allons lire la signification et tenter d’interpréter, elle comprend une inscription : 1916-1918. Tamines à ses déportés morts en captivité, en dessous sont inscrits les noms des sept déportés décédés, classés par ordre alphabétique. Voyons, à présent, les symboles ornant la plaque, et, situé en haut, en plein milieu, le principal d’entre eux, une couronne de lierre. Les couronnes végétales désignent, en général, une élévation et la forme circulaire symbolise, comme nous l’avons déjà dit, la durée.[668] Les feuilles de lierre symbolisent, de coutume, l’immortalité, car le lierre est une plante qui s’enroule autour des arbres morts et continue malgré tout à donner des feuilles vertes, représentation de la croyance médiévale de l’âme qui continue à vivre après la mort du corps.[669] Un écusson représentant une pelle et une pioche surmonte cette couronne, allusion ouverte sans doute aux symboles du travail des déportés. Sur les côtés de la plaque courent d’autres feuilles de lierre.

Nous classerions cette stèle dans la catégorie des monuments civiques, car il met l’accent sur l’hommage rendu par les vivants (Tamines) aux morts (ses déportés morts en captivité) individualisés par leur noms affichés.[670] Ce monument dit l’essentiel, il affirme la soumission au devoir de civisme et de souvenir. Et c’est bien de soumission qu’il s’agit ici lorsque l’on connaît les difficultés rencontrées lors de la création de ce monument. D’une part, un groupe, les déportés, ne se sent pas reconnu par la communauté. Il illustre ici cet aspect de la victimisation, déjà évoqué pour les fusillés, à savoir ce besoin essentiel de reconnaissance ressenti par la victime. En effet, sur quoi insistent avec force les déportés ? D’une part les souffrances endurées et leur abnégation faisant d’eux des victimes et d’autre part, le devoir de reconnaissance que méritent ces actes. Or que se passe-t-il à Tamines ? Cette reconnaissance n’est pas aussi spontanée que pour les fusillés ou les soldats et donne ainsi l’impression aux déportés qu’ils sont rejetés. Cet exemple illustre parfaitement bien l’importance que revêt la reconnaissance de chaque groupe (civils, militaires, déportés) par la communauté au sein de laquelle ils vivent.

Voici donc présentés les cinq principaux monuments de Tamines pour lesquels nous avons trouvé des informations. Nous allons à présent passer en revue les derniers monuments pour lesquels nous sommes dépourvus d’informations. Signalons tout de suite que leur importance dans la commune est moindre puisque, lors des cérémonies d’inauguration les cortèges se rendent toujours et presque exclusivement – à l’exception des déportés qui se rendent à la gare et au cimetière – auprès des principaux monuments dont nous venons de parler.

2. Les autres monuments aux morts

2.1 Le monument aux combattants et déportés. Cimetière de Tamines

La construction de ce monument est antérieure à 1924 puisque nous en trouvons une mention dans une lettre du bourgmestre Duculot datée du mois de novembre 1924.[671] Il se dresse en plein milieu du cimetière de la commune. Nous ne savons rien de ce monument excepté ce que sa forme et ses inscriptions nous livrent. Un socle de forme rectangulaire, planté au milieu d’un enclos formés par une bordure symbolique, supporte une colonne de type antique surmontée d’une croix.[672]

On peut lire sur le côté frontal du socle Tamines à ses glorieux enfants et, sur le côté droit A nos héros suivi du nom des 24 soldats tués, classés par ordre alphabétique, et sur le côté gauche, A nos déportés martyrs et les sept noms de déportés morts en captivité. En outre, insérées dans l’inscription frontale, deux médailles. La première, la croix de guerre est surmontée de la couronne royale, contient au centre le lion belge et cette croix est posée sur deux épées croisées ( Arrêté - loi du 25). La seconde médaille, la croix des déportés, porte sur ses bras latéraux les inscriptions 1914 et 1918 (Arrêté royal du 27 novembre 1922). Ce monument se rangerait plutôt dans la catégorie funéraire. Funéraire de par sa localisation dans le cimetière et l’emblème religieuse au sommet et par la mention du destinateur : Tamines.[673]

2.2 Plaque funéraire dans le hall de la gare

Cette plaque, dont la seule mention que nous connaissons est celle du programme d’inauguration de la plaque aux déportés en 1927, se trouve dans le petit hall de la gare de Tamines. Sur fond de pierre noire, est apposée une grande plaque en métal de couleur dorée.[674]

Ornée en haut et en bas d’une frise, elle comporte septante noms, classés alphabétiquement. Au dessus de ces noms, l’inscription latine In memoriam. La frise supérieure représente une roue de train portant deux ailes, ayant pour fond une branche de chêne et de laurier. A gauche et à droite se dressent deux palmes. Cette palme symbolise, comme nous l’avons vu pour le monument aux soldats français, le martyre, le succès et la résurrection. Le chêne, souvent choisi comme symbole pour la dureté de son bois, est associé à l’idée d’immortalité, de durée.[675] Quant au laurier, il symbolisait, dans l’antiquité païenne, la paix succédant à la victoire puis a pris, chez les chrétiens, la signification de vie éternelle.[676] La frise inférieure comporte l’inscription 1914-1918 sur fond de chêne et de laurier. Ce type de monument commémore ceux dont la guerre n’était pas le[ur] métier.[677] Souvent, en effet, après la guerre les institutions ont tenu à honorer leurs morts, posant des plaques à l’intérieur de leurs bâtiments.[678] On en retrouve ainsi dans les gares, les postes,… Par conséquent, les noms inscrits sur la plaque de la gare de Tamines sont vraisemblablement ceux de cheminots tués durant la guerre. On retrouve parmi ces noms, des soldats tués au combat et des fusillés.

2.3 Plaque funéraire du Bazar Mombeek

Située dans une petite chapelle érigée à côté de l’ancien magasin, cette plaque commémore les six personnes mortes brûlées dans la cave le samedi 22 août. La plaque, noire, est décorée sur les côtés par deux palmes dont nous venons de rappeler la symbolique. Une inscriptions surmonte les noms et prénoms des six personnes décédées : Ici brûlèrent vives victimes des boches. Cette plaque a vraisemblablement été posée par les survivants de cette famille dans les années d’après guerre. L’inscription est la plus virulente puisque c’est la seule de la commune où l’on parle des Allemands et de surcroît en terme dépréciatifs.

2.4 Plaque funéraire de l’église des Alloux

Plaque commémorative de grande taille, dont nous ne savons rien, fixée sur les murs du bas-côté droit de l’église, elle reprend les noms de tous les soldats et civils Taminois morts pendant la guerre.[679] Cette plaque noire est surmontée d’un ange tenant dans ses mains, le regard porté vers les noms, une grande palme dont nous avons également vu précédemment la signification. Sous l’ange, une inscription, en lettre dorées sur fond noir : A la glorieuse mémoire de nos Héros et de nos Martyrs. Au centre, de la grande plaque noire, une plaque de marbre blanc sur laquelle sont inscrits, en lettres dorées, les noms de vingt soldats morts.[680]

Une couronne de laurier est posée au sommet de cette plaque, et juste en-dessous, l’inscription Dieu et Patrie. Les noms de 335 civils fusillés sont alignés en dix colonnes et classés alphabétiquement, à l’exception des noms de prêtres, gravés en tête de la première colonne. Cette plaque commémorative allie clairement le style funéraire et patriotique. Funéraire d’abord, par sa localisation dans l’église et la statue de l’ange tenant cette palme au-

dessus des listes de décédés. Cet ange tenant une palme ainsi que la mention du mot martyr font clairement référence aux martyrs chrétiens. Ensuite, le monument présente un aspect patriotique lié au côté religieux que l’on trouve dans l'inscription Dieu et Patrie.

3. Appendice : les stèles funéraires du cimetière des fusillés

Avant de passer aux conclusions de cette étude, nous avons jugé intéressant de nous arrêter quelques instants sur les stèles funéraires du cimetière des fusillés, situé autour de l’église Saint Martin.[681] Tout d’abord, il faut distinguer les stèles censurées par les Allemands, des autres stèles ayant échappé à cette censure. Le 20 mai 1916 le bourgmestre de Tamines reçut l’ordre, venant des autorités allemandes de Namur, de retirer les mot « martyr » des stèles ou des croix et de le remplacer par victime.[682] Cet ordre explique les traces de coups de burins visibles sur certaines pierres. Par exemple, sur la stèle dédiée à M. Joseph Gilson, on constate qu’il manque deux lignes, au centre. L’inscription, A la pieuse mémoire de Joseph GILSON (…) est surmontée d’une palme, symbole du martyr. La stèle consacrée à M. Dieudonné Laporte n’a pas été censurée, comme en témoigne l’inscription victime de la barbarie allemande le 22 août 1914. Inscription encore une fois surmontée de la palme du martyr et d’un crucifix.

La stèle de Léonard Bonet, âgé de 18 ans au moment de sa mort, est encore un peu plus virulente puisque enlevé à Falisolle par les barbares allemands et martyrs de leurs atrocités.[683] La symbolique du martyr omniprésente laisse parfois la place à d’autres symboles comme le lierre, allusion à l’immortalité, soit autour d’une croix ou dans une urne.[684] En outre, la présence d’un croix ou d’une représentation du Christ souffrant est assez fréquente. On retrouve donc dans ces stèles, le même procédé présent sur le monument aux fusillés, à savoir, que ces victimes sont devenues, pour les familles, des martyrs.

III. Conclusions

Après avoir examiné chaque monument individuellement, il est temps de prendre un peu de recul, afin de percevoir les traits caractéristiques de ce mouvement de commémoration que représente l’érection de monuments aux morts. A Tamines, ce mouvement s’étend donc de 1918 à 1927, dernière date portée à notre connaissance. De toute façon, nous sommes convaincus que les monuments pour lesquels les informations manquent sont des initiatives supplémentaires aux monuments principaux et le manque d’information à leur égard lèse très peu cette étude. Nous pouvons comprendre, au travers des cinq grands monuments de la commune, ce phénomène particulier que représente l’érection de monuments.

Les cinq monuments de Tamines, honorent chacun un groupe particulier (soldats belges, français, civils fusillés et déportés) de la population. Chacun de ces groupes ressentait le besoin d’être reconnu aux yeux de la communauté et les tensions autour du monument aux déportés illustrent bien l’importance de ce besoin de reconnaissance. Par ailleurs, le rôle de la communauté s’incarne dans le chef de l’administration communale de Tamines. Cette dernière se retrouve, en effet, d’une manière ou d’une autre, derrière chaque initiative de monument. Même pour le monument aux combattants, il y a remise de ce monument à la commune, et, dans l’exemple du monument aux Français, ce sont des représentants du pouvoir communal dans l’association instigatrice du monument. A ce sujet, le rôle du bourgmestre Duculot pendant la guerre, lui a conféré une notoriété considérable dans la commune, d’où son action prépondérante dans les divers projets.

Quant aux monuments, leur fonction, les messages qu’ils transmettent, plusieurs points communs les unissent. Premièrement, ils répondent donc tous au besoin de reconnaissance éprouvé par les divers acteurs. Ils fournissent une cause valable aux trop nombreux morts victimes de la guerre. Cette cause, que l’on retrouve dans la majorité des monuments, s’appelle la Patrie (et très rarement la Belgique ? ! ?). Par ailleurs, prend forme à Tamines l’importance de la notion de victime : victimes parmi la population et la commune de Tamines, elle-même, qui s’affiche comme victime. Cependant, l’aspect religieux n’est pas omniprésent dans tous les monuments, alors que les catholiques détiennent la majorité au pouvoir communal. Cet aspect sera bien plus marqué lors des inaugurations, dans les sermons et allocutions. Par exemple, la reprise des paroles d’Ezechiel « Debout les morts !(…) », sert, comme l’explique Annette Becker, à faire revivre les morts : face au devoir accompli par les disparus existait un devoir parallèle, celui de sauvegarder leur mémoire et la mémoire de leur sacrifice. La commémoration se place ainsi exactement entre la mort et la vie.[685] A Tamines, le sacrifice de chaque groupe sera célébré et les familles consolées.

Ce rapport créé par le monument entre la vie et la mort se retrouve également dans la notion d’espace sacré et d’espace profane. Tous les monuments de Tamines présentent un enclos, parfois très symbolique, marquant la différence entre ces deux espaces. On ne dresse pas un monument n’importe où, sans délimiter son espace. Le conflit sur la question des festivités à Tamines, place des Martyrs, exprime parfaitement l’importance de l’espace sacré. Le choc, dans ce cas précis, de la fusillade fut tel pour certains que l’endroit où elle se déroula devait être coupé de l’extérieur, de la vie. Le passage du profane au sacré se fera, en général, lors de l’inauguration du monument, de son entrée officielle en fonction. Un autre aspect des inauguration paraît intéressant à soulever : la présence des enfants. Celle-ci est obligatoire, leur place dans les cortège est fixée à l’avance, et, comme l’explique Antoine Prost, le culte civique est en même temps leçon de morale. D’où l’importance de la participation des enfants.[686]

Enfin, se retrouve à travers les monuments de Tamines et l’histoire de leur construction, tout le travail accompli par la mémoire collective et son éloignement de l’histoire, tel que Pierre Nora l’explique dans Les lieux de mémoire.[687] De nombreuses réflexions proposées par cet auteur à propos de la mémoire collective et des lieux de mémoire, les monuments aux morts en l’occurrence, se confirment dans le cas de Tamines. Les monuments de cette commune vont répondre à plusieurs objectifs de la mémoire de la Grande guerre. Les monuments vont lutter contre l’oubli de la guerre, il vont donc rester fidèles. Ils vont aussi rendre éternel ce qui est définitivement mort, on le remarque très bien à travers le monument aux soldats et aux fusillés. Comme nous l’avons précédemment évoqué, chaque monument va être paré d’éléments symboliques, fruits de la sacralisation opérée par les civils. De plus, chaque monument, nous l’avons vu, va rappeler un événement marquant, souvent complexe, mais qui, sur la pierre, sera sous la forme d’un métonymie (la Patrie et le soldat pour les soldats, l’allégorie de Tamines et trois fusillés pour tous les martyrs, Pierre Lefeuvre pour l’armée française). En fait, la commune de Tamines, comme beaucoup d’autres, en choisissant sa propre mémoire des événements, se construit une identité propre.[688] Identité dans laquelle un maximum de ses concitoyens doivent se retrouver, ce besoin du nombre comme garantie de réussite s’exprime concrètement dans la publication des listes de souscriptions publiques pour la construction d’un monument. En effet, plus il y a de souscriptions, même minimes, plus il y a de gens qui ont participé au monument et qui donc participent et se reconnaissent dans cette identité. De plus on peut également mettre en évidence l’analyse des axes autour desquels se structure cette identité créée par la mémoire collective.[689] Le premier axe, affectif, consiste à assurer l’estime de soi ; le second, cognitif, vise à assurer la compréhension de soi et du monde, par exemple, en injectant du sens dans ce qui n’en a pas (à Tamines, trouver une cause pour la mort absurde des soldats et surtout des civils) ; le troisième et dernier axe, éthique, a pour mission de garantir des valeurs normatives (valeurs affichées par les personnages des monuments, tels que le courage, l’honneur et la vaillance du soldat partant au combat). Cette identité consiste donc à exprimer l’expérience vécue (la mort des soldats, des civils, des déportés et des amis français venus en aide) en y ajoutant de l’idéal.[690] La guerre a profondément traumatisé les hommes de l'époque. Il a donc fallu traduire le vécu et surtout se faire reconnaître à Tamines en tant que victimes (mécanisme de victimisation). La commune de Tamines s’est parfaitement inscrite dans ce mécanisme de construction d’une identité de victime, basée sur des faits réels, mais modelés par la mémoire afin de donner une image type de la commune : Tamines ville martyre.

[575] CAMUS, A., Le Premier Homme, Paris, 1994, p. 29-30.

[576] Pour obtenir la référence précise, consulter la bibliographie supra.

[577] Ibidem.

[578] PROST, A., Les monuments aux morts. Culte républicain ? Culte civique ? Culte patriotique ? dans NORA, P., Les lieux de mémoire. T.I, La république, Paris, 1984, p. 196.

[579] Ibidem, p. 200.

[580] Ibidem, p. 200.

[581] Ibidem, p. 201.

[582] Ibidem, p. 201-207. Notons que ces typologies peuvent être combinées. En effet, Antoine Prost parle de monument civique patriotique ou de monument civique funéraire, etc…

Nous expliquerons plus en détail cette typologie lorsque nous l’appliquerons aux monuments de Tamines.

[583] BECKER, A., Les monuments aux morts. Patrimoine et mémoire de la grande guerre, Paris, 1988, p. 22.

[584] ECO, U., Le signe. Histoire et analyse d’un concept, Bruxelles, 1988, p. 31.

[585] Par diverses situations, nous entendons l’expérience différente vécue par les soldats belges, français, la population taminoise, les déportés, soit tous ces groupes honorés dans des monuments particuliers. En clair, cela correspond au front pour les soldats belges, à la bataille de Tamines pour les militaires français, au massacre du 22 août 1914 pour les civils et à la déportation de 1916 pour les déportés. Au sein de l’événement guerre, nous retrouvons des événements plus particuliers à chaque groupe d’hommes.

[586] Cfr schémas en annexe XVII.

[587] Cfr représentation de la croix en annexe IV.

[588] Ibidem, p. 97.

[589] Archives de la commune de Tamines. Commune de Tamines. Registre aux délibérations du Conseil Communal du 25/11/1918 au 24/7/1925, séance du 29/07/1923.

[590] Cfr représentation de la nouvelle croix en annexe V.

[591] La partie de la place Saint Martin où eut lieu la fusillade, changea de dénomination en juin 1923, sur décision du conseil communal de Tamines, pour devenir Place des Martyrs. Archives de la commune de Tamines. Commune de Tamines. Registre aux délibérations du Conseil Communal du 25/11/1918 au 24/7/1925, séance du 26/06/1923.

[592] Archives de la commune de Tamines. Commune de Tamines. Registre aux délibérations du Conseil Communal du 25/11/1918 au 24/7/1925, séance du 27/07/1920.

[593] Ibidem.

[594] Ibidem.

[595] Ibidem.

[596] Correspondance du 1/07/1921 envoyée au bourgmestre, dans Archives de la commune de Tamines. Boîte 1.853.1. Monument P. Lefeuvre et autres monuments (soldats).

[597] Correspondance du 1/07/1921 envoyée au bourgmestre, dans Archives de la commune de Tamines. Boîte 1.853.1. Monument P. Lefeuvre et autres monuments (soldats).

[598] Ibidem.

[599] Les différentes inaugurations de monuments aux morts feront systématiquement l’objet, dans Le Rappel et Vers l’Avenir, d’un article. Par contre, Le journal de Charleroi ne fera écho que de l’inauguration du monument aux soldats français (1923) et aux fusillés (1926). Or les articles du Rappel et de Vers l’Avenir présentent une structure intéressante.

En effet, l’examen des articles décrivant les inaugurations nous a fait remarquer qu’ils présentaient tous la même structure générale. En effet, ils commencent tous par une mise en contexte consistant en une description de Tamines. Ensuite, l’auteur aborde l’objet de l’article, à savoir le monument que l’on inaugure. Il décrit alors les étapes successives de l’inauguration, en citant les noms de toutes les personnalités présentes. La dernière partie de l’article reprend généralement en tout ou en partie les différents discours prononcés lors des cérémonies.

Outre cette structure semblable, ces articles utilisent un certain type de vocabulaire pour décrire l’ambiance et la réussite de l’événement. Signalons d’emblée que ce vocabulaire est commun aux trois journaux dépouillés, catholiques comme socialiste. Ce vocabulaire, comme l’explique Gabriel Ringlet dans Le mythe au milieu du village (Bruxelles, 1981, p.301) sert à marquer la réussite de l’événement, en des « lieux » qu’il appelle « idéologiquement marqués », le début et la fin d’un article. C’est ainsi que l’ambiance de la cérémonie sera toujours soit émouvante, touchante, grandiose ou pieuse et, cette cérémonie se fera solennellement avec une touchante ferveur. Quant à la réussite de cette cérémonie, elle sera garantie par le nombre de participants généralement traduit par : une foule immense.

Ces considérations nous laissent supposer qu’il y a eu, à l’époque, un genre d’article propre aux inaugurations et commémorations de la Grande Guerre.

[600] Le Rappel, 2/08/1921, p. 2, col. 5-6.On remarque l’importance du vocabulaire utilisé par l’aumônier. Il parle de sacrifice noblement consenti type de vocabulaire propre à l’époque et révélateur de la mémoire que l’on élabore.

[601] Le Rappel, 2/08/1921, p. 2, col. 5-6 & citation de Vers l’Avenir, 1/08/1921, p. 2-3, col. 5-6.

[602] Cfr représentation du monument aux combattants en annexe VI.

Carte postale du monument en Annexe XIX.

[603] PROST, A., Les monuments aux morts. Culte républicain ? Culte civique ? Culte patriotique ? dans NORA, P., Les lieux de mémoire. T.I, La république, Paris, 1984, p. 202.

[604] Vers l’Avenir, 1/08/1921, p. 2-3, col. 6.

[605] Comme l’a constaté Annette Becker pour la France, le réalisme de beaucoup de représentation permet de connaître précisément l’uniforme du soldat, son équipement au complet. BECKER, A., Les monuments aux morts. Patrimoine et mémoire de la grande guerre, Paris, 1988, p. 21.

[606] Cfr représentation du monument en annexe VII.

[607] Correspondance de Les amitiés Françaises de Tamines envoyée au bourgmestre. 31/05/1923, dans Archives de la commune de Tamines. Boîte 1.853.1. Monument P. Lefeuvre et autres monuments (soldats).

Cette lettre annonce officiellement la création du monument aux autorités communales. Cependant, le bourgmestre, vice-président de ce comité, était au courant du projet puisqu’il en parle au gouverneur de la province dans une lettre datée du 26 mai 1922. Dans Lettre du Bourgmestre au gouverneur. 26/05/1922. Archives de la commune de Tamines. Boîte 1.853.1. Monument P. Lefeuvre et autres monuments (soldats).

[608] Informations reprises sur les en-tête de lettres de cette association.

[609] Correspondance de Les amitiés Françaises de Tamines envoyée au bourgmestre. 4/06/1923, dans Archives de la commune de Tamines. Boîte 1.853.1. Monument P. Lefeuvre et autres monuments (soldats).

[610] Ibidem.

[611] Souscriptions pour le Monument à la Gloire de l’Armée Française et à la Mémoire de ses Vaillants Soldats tombés à Tamines et Environs lors de la Bataille de la Sambre en Août 1914 dans Archives de la commune de Tamines. Boîte 1.853.1. Monument P. Lefeuvre et autres monuments (soldats).

[612] Ibidem.

[613] Vers l’Avenir, 30/07/1923, p. 1, col. 5. Cette citation constitue un autre exemple de vocabulaire typique de l’époque. Nous avons étudié dans le chapitre précédent l’importance de l’utilisation de ce type de vocabulaire pour barbariser le soldat allemand. A cet égard, notons que l’inauguration du monument constitue un moment fort d’exaltation patriotique très souvent accompagné de barbarisation.

[614] Le Journal de Charleroi, 31/07/1923, p. 2, col. 5.

Le Rappel début également son article par l’histoire du massacre : (Tamines) cité martyre – non illustre – cette terre qui a reçu le sang de 387 victimes innocentes. (…) symbolise de toute sa douleur et dans toute sa gloire aussi l’image de la Patrie violée, immolée à la rage d’un envahisseur brutal et sanguinaire… dans Le Rappel, 31/07/1923, p. 1, col. 5.

[615] Vers l’Avenir, 1/08/1921, p. 1, col. 5 & Le Rappel, 31/07/1923, p. 1, col. 5 & Le Journal de Charleroi, 31/07/1923, p. 2, col. 5.

[616] Vers l’Avenir, 1/08/1921, p. 1, col. 5-6. & Le Rappel, 31/07/1923, p. 1, col. 5 & Le Journal de Charleroi, 31/07/1923, p. 2, col. 5-6.

[617] Vers l’Avenir, 1/08/1921, p. 1, col. 5.

[618] Cfr représentation du monument aux soldats français en annexe VIII. Carte postale du monument en Annexe XIX.

[619] Le Journal de Charleroi, 31/07/1923, p. 2, col. 5-6.

[620] Vers l’Avenir, 1/08/1921, p. 1, col. 6.

[621] Ibidem.

[622] Le Rappel, 31/07/1923, p. 1, col. 5-6.

[623] REY, A. et CHANTREAU, S., Dictionnaire des expressions et locutions, Paris, 1989, p. 850-851.

[624] CAZENAVE, M. (ss la dir. de), Encyclopédie des symboles, Turin, 1996, p. 497-498.

[625] Archives de la commune de Tamines. Commune de Tamines. Registre aux délibérations du Conseil Communal du 25/11/1918 au 24/7/1925, séance du 24/01/1919.

[626] Archives de la commune de Tamines. Commune de Tamines. Registre aux délibérations du Conseil Communal du 25/11/1918 au 24/7/1925, séance du 19/07/1921. Signalons que l’opposition libérale s’accorde parfaitement avec les vues catholiques quant aux raisons pour lesquelles il faut commémorer cet événement. Par exemple, les propos du Dr Defosse, échevin libéral, l’illustrent parfaitement bien : Considérant que des événements d’une telle gravité, survenus dans des circonstances si atroces, appartiennent à l’histoire ; qu’ils doivent être commémorés indéfiniment pour la sauvegarde de l’honneur des innocentes victimes de la barbarie teutonne ; pour la conservation de la bonne réputation de la commune de Tamines ; pour la revendication du droit des gens ; pour la reconnaissance d’un fait d’une importance capitale au point de vue de la conduite et du succès de la guerre, ce fait ayant puissamment contribué à soulever l’indignation du monde civilisé(…). Considérant qu’il importe de perpétuer la flétrissure attachée par le monde entier à l’acte monstrueux dont les habitants de Tamines ont été l’objet. dans Archives de la commune de Tamines. Commune de Tamines. Registre aux délibérations du Conseil Communal du 25/11/1918 au 24/7/1925, séance du 16/05/1922.

[627] Archives de la commune de Tamines. Commune de Tamines. Registre aux délibérations du Conseil Communal du 25/11/1918 au 24/7/1925, séance du 27/07/1920.

[628] Archives de la commune de Tamines. Commune de Tamines. Registre aux délibérations du Conseil Communal du 25/11/1918 au 24/7/1925, séance du 2/08/1921.

[629] Ibidem.

[630] Archives de la commune de Tamines. Commune de Tamines. Registre aux délibérations du Conseil Communal du 25/11/1918 au 24/7/1925, séance du 16/05/1922.

[631] Ibidem.

[632] Ibidem.

[633] Ibidem.

[634] Archives de la commune de Tamines. Commune de Tamines. Registre aux délibérations du Conseil Communal du 25/11/1918 au 24/7/1925, séance du 30/09/1922.

[635] Ibidem.

[636] Ibidem.

[637] Ibidem.

[638] Archives de la commune de Tamines. Commune de Tamines. Registre aux délibérations du Conseil Communal du 25/11/1918 au 24/7/1925, séance du 12/06/1923.

[639] Archives de la commune de Tamines. Commune de Tamines. Registre aux délibérations du Conseil Communal du 25/11/1918 au 24/7/1925, séance du 14/08/1923.

[640] Le Rappel, 23/08/1926, p.1-2 & Vers l’Avenir, 23/08/1926, p. 1-2 & Le Journal de Charleroi, 23/08/1926, p.3.

[641] Le Rappel, 23/08/1926, p. 1, col.5.

[642] Ibidem.

[643] Ibidem.

[644] Vers l’Avenir, 23/08/1926, p. 1, col. 5.

[645] BAELS Henri. (1878-1951) Homme politique catholique, docteur en droit. Conseiller communal et échevin d'Ostende de 1920 à 1926. Il fut nommé ministre de l'Agriculture en 1926. De 1933 à 1940 il fut gouverneur de la province de Flandre-Occidentale. DELZENNE, Y.-W. et HOUYOUX, J., Le nouveau dictionnaire des Belges, Wavre, 1998, p. 19-20.

[646] Ibidem, p. 1, col. 5-6.

[647] Ibidem, p. 2, col. 1-4.

[648] Cfr représentations du monument aux fusillés en annexe IX. Cartes postales du monument en Annexe XIX.

[649] Inscription placardée au pied d’une haie sur un écriteau.

[650] CAZENAVE, M. (ss la dir. de), Encyclopédie des symboles, Turin, 1996, p. 36.

[651] REY-DEBOVE, J. et REY, A. (ss. la dir. de), Le nouveau petit Robert. Dictionnaire alphabétique et analogique de la langue française, Paris, 1995, p. 1361.

[652] Ibidem.

[653] Vers l’Avenir, 23/08/1926, p. 2.

[654] Nous avons consulté à cet effet l’ouvrage de Jean-Michel CHAUMONT, La concurrence des victimes. Génocide, identité, reconnaissance paru en 1997. Son étude porte sur le problème de reconnaissance et de concurrence des victimes de la Shoah. Sa lecture nous a cependant éclairé sur divers points, notamment sur le besoin de reconnaissance que ressent la victime ou toute une communauté. Son explication de la concurrence entre victimes nous a éclairé sur une concurrence latente entre villes martyres après le conflit. En effet, on trouve des citations pouvant créer un climat de concurrence, comme celle du ministre Baels : La Belgique t’enlace comme son enfant préférée car tu as le plus souffert (…) (Vers l’Avenir, 23/08/1926, p. 1, col. 5.)

[655] Vers l’Avenir, 23/08/1926, p. 2, col. 1.

[656] On constate effectivement dans les discours, les articles de presse, la mise en œuvre de tout un vocabulaire propre à la description de Tamines comme ville martyre. Par exemple, citons à nouveau M. Baels dont les paroles illustrent bien cet esprit: O ville désormais célèbre, O Tamines pareille à une crucifiée : ton nom est sacré. Sacrés tes quartiers : La Praile, les Alloux. Sacrées tes rues, tes maisons, ton église ; sacrées tes places, tes routes ; ta colline ; sacrée la rivière qui te contourne.(…) La Belgique se prosterne devant toi, comme devant la grande martyre ! (Vers l’Avenir, 23/08/1926, p. 1, col. 5.) Cadre rappelant singulièrement, par ses ruines, et par son air endeuillé, les heures d’horreur et de crimes de 1914. (Le Rappel, 23/08/1921, p. 2, col. 3-4).

[657] Correspondance du président du comité Les Déportés de Tamines envoyée au bourgmestre. 10/04/1922, dans Archives de la commune de Tamines. Boîte 1.853.1. Monument P. Lefeuvre et autres monuments (soldats).

[658] Correspondance du président du comité Les Déportés de Tamines envoyée au bourgmestre. 5/04/1923, dans Archives de la commune de Tamines. Boîte 1.853.1. Monument P. Lefeuvre et autres monuments (soldats).

[659] Décision du collège des bourgmestre et échevins. 3/07/1923 & 5/09/1923, dans Archives de la commune de Tamines. Boîte 1.853.1. Monument P. Lefeuvre et autres monuments (soldats).

[660] Décision du collège des bourgmestre et échevins. 3/07/1923, dans Archives de la commune de Tamines. Boîte 1.853.1. Monument P. Lefeuvre et autres monuments (soldats).

[661] Correspondance du président du comité Les Déportés de Tamines envoyée au Conseil communal. 15/01/1927, dans Archives de la commune de Tamines. Boîte 1.853.1. Monument P. Lefeuvre et autres monuments (soldats).

[662] Correspondance du président du comité Les Déportés de Tamines envoyée au Bourgmestre. 08/08//1927, dans Archives de la commune de Tamines. Boîte 1.853.1. Monument P. Lefeuvre et autres monuments (soldats).

[663] Programme de l’inauguration. Correspondance du président du comité Les Déportés de Tamines envoyée au Bourgmestre. 22/09/1927, dans Archives de la commune de Tamines. Boîte 1.853.1. Monument P. Lefeuvre et autres monuments (soldats).

[664] Le Rappel, 22/11/1927, p. 2., col. 6.

[665] Ibidem.

[666] Ibidem.

[667] Cfr représentation de la plaque aux déportés en annexe X.

[668] CAZENAVE, M. (ss la dir. de), Encyclopédie des symboles, Turin, 1996, p. 170-171.

[669] Ibidem, p. 360-361.

[670] PROST, A., Les monuments aux morts. Culte républicain ? Culte civique ? Culte patriotique ? dans NORA, P., Les lieux de mémoire. T.I, La république, Paris, 1984, p. 201.

[671] Correspondance du bourgmestre Duculot au secrétaire communal M. Maretti. 5/11/1924, dans Archives de la commune de Tamines. Boîte 1.853.1. Monument P. Lefeuvre et autres monuments (soldats).

[672] Cfr représentation du monument du cimetière en annexe XI.

[673] PROST, A., Les monuments aux morts. Culte républicain ? Culte civique ? Culte patriotique ? dans NORA, P., Les lieux de mémoire. T.I, La république, Paris, 1984, p. 206.

[674] Cfr représentation de la plaque fixée dans le hall de la gare en annexe XII.

[675] CAZENAVE, M. (ss la dir. de), Encyclopédie des symboles, Turin, 1996, p. 127-128.

[676] Ibidem, p. 351.

[677] BECKER, A., Les monuments aux morts. Patrimoine et mémoire de la grande guerre, Paris, 1988, p. 47.

[678] Ibidem.

[679] Cfr représentation de la plaque funéraire de l’église des Alloux en annexe XIII.

[680] Nous ne savons pas quels critères ont été pris en compte pour retenir les noms des soldats inscrits sur la pierre. En effet, ils sont 24 et là on en trouve seulement 20. Il en va de même pour les noms de civils fusillés, il n’y en a que 335 sur 384. N’y a-t-il que les soldats et les civils de la paroisse des Alloux ?

[681] Cfr représentations en annexe XIV Cartes postales du cimetière en Annexe XIX.

[682] Archives de l’évêché de Namur. Fonds Schmitz et Nieuland. L’invasion allemande t.3 : Tamines et la bataille de la Sambre. Lettre du Feldwebel-Leutnant Weber à M. le Bourgmestre de Tamines. 20/05/1916.

[683] Cfr représentation de la stèle de L. Bonet en annexe XV.

[684] Cfr représentation des stèles en annexe XVI.

[685] BECKER, A., La guerre et la foi. De la mort à la mémoire. 1914-1930, Paris, 1994, p. 105.

[686] PROST, A., Les monuments aux morts. Culte républicain ? Culte civique ? Culte patriotique ? dans NORA, P., Les lieux de mémoire. T.I, La république, Paris, 1984, p. 197.

[687] NORA, P., Entre mémoire et histoire. La problématique des lieux dans NORA, P. (ss. la dir. de) Les lieux de mémoire. T. I. La République, Paris, 1984, p. XV-XLII. Voir l’explication de la mémoire collective dans le chapitre III.

[688] Nous remarquerons que la commune de Tamines affichera cette identité jusque dans ses armoiries. En effet, en 1932 la commune reçoit l'autorisation d'intégrer dans ses armes une nouvelle représentation qui symbolise le massacre du 22 août 1914. Cfr représentation en annexe XVIII.

[689] JOUTHE, E., Citoyenneté, identités et immigrations, dans Pratiques de la citoyenneté et identités. Actes de la 13e Conférence des Peuples de Langue française, Liège 13-15 juillet 1995, Charleroi, 1996, p. 58-59.

[690] Cfr Denise JODELET et Serge MOSCOVICI dans JODELET, D., Les représentations sociales, Paris, 1989.

 

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