| La guerre 1914-1918 en général,
et les multiples situations vécues par les différents
acteurs (civils, soldats,
) en particulier, constituent la source
du monument.[585] A partir de là, on retrouve un initiateur
du projet de construction de ce monument, soit un privé ou
la commune. Le canal utilisé par cet initiateur sera, en loccurrence,
le matériau du monument aux morts, à travers lequel
il transmettra un ou plusieurs messages à des destinataires.
La manière dont ces messages seront transmis napparaît
pas dans ce schéma. On la retrouvera dans lanalyse du
canal, voie de communication du message, donc du monument, au moyen
des critères danalyse dA. Prost et A. Becker, soit
les inscriptions, la statuaire, les symboles, etc
Nous avons
intégré la localisation du monument dans lanalyse
du canal dans le sens où cette localisation nest pas
neutre. Ce schéma danalyse, le lecteur pourra le retrouver
dune part implicitement dans lanalyse des principaux monuments
de Tamines, et, dautre part, en annexe, sous la forme dun
schéma appliqué à chaque monument.[586]
II. Description et analyse des
monuments aux morts de la Grande Guerre à Tamines
Nous allons à présent passer à
létude proprement dite des monuments aux morts de Tamines.
Nous avons relevé, dans la commune, neuf monuments ou plaques
funéraires. Cependant, nous ne possédons pour certains
de ces monuments que leur photographie sans aucune autre information.
Par conséquent, nous nous contenterons de les décrire
et de percevoir leur signification à partir de leur aspect
extérieur. Nous allons donc, dans un premier temps étudier,
par ordre chronologique dinauguration, les cinq monuments
principaux de Tamines, pour lesquels nous possédons de nombreuses
sources, puis nous verrons les quatre monuments pour lesquels nous
navons aucune information. Et enfin, nous nous arrêterons
un instant, avant de conclure, sur létude de plusieurs
stèles funéraires du cimetière des fusillés.
1. Les principaux monuments aux morts
1.1 La croix de bois (photos)
Cette croix de bois, remplacée depuis lors
par une croix en béton, constitue la première initiative
commémorative à Tamines. Elle consiste en une simple
croix de bois, dune hauteur denviron trois mètres,
sans aucune statue, plantée à lendroit où
les hommes furent fusillés le 22 août 1914.[587] Cette
croix fut érigée là dès la fin de la
guerre, en 1918.[588] Au pied de la croix, se trouvait, à
lépoque, une pancarte sur laquelle on pouvait lire
: Le 22 août 1914 eut lieu sur cette place la Massacre de
la population de Tamines par les troupes allemandes. 383 hommes
de tout âge périrent 98 furent blessés. Quant
à lorigine de linitiative, il semblerait que
celle-ci provienne des autorités communales, mais ce nest
quune hypothèse. Par contre, le 29 juillet 1923, cest
le conseil communal de Tamines qui décide, suivant la proposition
du bourgmestre Emile Duculot, létablissement place
des Martyrs dune croix en béton.[589] Cette croix,
na pas été supprimée et remplacée
par le nouveau monument mais simplement déplacée sur
le côté de la place.[590]
La précocité de cette initiative,
ainsi que sa localisation démontrent bien limportance
que revêt le massacre pour la commune de Tamines. En effet,
comme nous le verrons plus loin, la mémoire du massacre sera
présente lors de chaque inauguration de monument. Il fallait
donc absolument honorer, au sortir de la guerre, la mémoire
des victimes et cela à lendroit même où
ils moururent. Lérection de cette croix constitue le
point de départ de tout un mécanisme de sacralisation
de la place Saint Martin qui deviendra plus tard place des
Martyrs[591] passant par plusieurs étapes dont nous
parlerons ultérieurement.
1.2. Le monument aux combattants
(photos)
Le 27 juillet 1920 lors dune séance
du conseil communal, un conseiller soppose au projet dérection
dun monument aux combattants de Tamines.[592] Ce conseiller
ne conteste pas lidée dun monument mais lorigine
de linitiative : un privé, M. Liesens, directeur des
Charbonnages de Tamines. La raison : Les soldats de Tamines faisaient
partie intégrante de la communauté ; cest au
conseil communal, son représentant attitré quil
appartient de les glorifier en élevant un monument destiné
à commémorer leur souvenir. Cest là pour
la communauté une tâche sacrée, un devoir impérieux
auquel elle ne peut ni ne veut se soustraire, à moins de
déchéance morale. Ladministration communale
ne peut permettre à une personnalité quelconque de
la commune de se substituer à elle pour accomplir ce devoir.
Cest pour nous tous que nos soldats ont donné leur
vie ; cest à nous tous quil importe de prouver
et de manifester notre vive reconnaissance en érigeant un
monument à leur mémoire.[593]
En fait, la commune avait décidé,
au mois de mai, dacquérir un terrain situé près
de lhôtel de ville, appartenant à un propriétaire
privé dans le but dy élever un monument aux
soldats morts durant la guerre.[594] Or cette démarche avait
été accomplie par M. Liesens à propos du même
terrain. Finalement, la commune trouve un accord avec ce particulier
qui peut financer la construction du monument et choisir celui-ci
en accord avec la commune.[595] Les travaux commencent, assurés
par M. Weygers, et la date de linauguration est fixée
au dimanche 31 juillet 1921.
La société Les Anciens combattants.
Tamines organise la cérémonie dinauguration,
qui commencera, à neuf heures et demi du matin, par un service
religieux en plein air devant léglise des Alloux.[596]
Ensuite, le cortège se formera pour se rendre au cimetière
français et des fusillés à saint Martin et
de là il remontera au monument à inaugurer.[597] Après
la cérémonie, réception à lhôtel
de ville, concert militaire par la musique du 13e de ligne.[598]
Tamines se souvient de ses héros. Un monument
aux morts pour la patrie titre Le Rappel du mardi 2 août 1921.[599]
Le journaliste cite un extrait du sermon de laumônier
militaire soulignant les leçons tant au point de vue spirituel
quau point de vue matériel, que nous devons recueillir
de la grande tourmente et du sacrifice noblement consenti des héros
de la localité.[600] Conformément au programme, après
sêtre rendu sur la place Saint Martin, le cortège
revient au monument à inaugurer qui est remis, de la part
de la Société des charbonnages de Tamines et de son
directeur M. Liesens un prototype du patriotisme, entre les mains
de la commune.[601]
Le monument que la commune vient dinaugurer
se dresse entre la gare et lhôtel de ville, rue de lhôtel
de ville.[602] Cet emplacement nest pas neutre, car le monument
est situé à un passage obligé de la commune,
et cela, de manière à ce que tout le monde puisse
le voir. Posé à hauteur dhomme, ce qui ne le
rend pas écrasant, il mesure un peu plus de deux mètres
de hauteur, sur un peu moins de large. Y figurent, en bas relief,
deux personnages, une femme comme allégorie de la Patrie
et le soldat, dont nous parlerons dans un instant, et, sur son socle
sont inscrits les noms des 24 soldats Taminois tués au combat
ainsi que la mention : Ils sont morts pour la Patrie. Cest
un monument patriotique si lon se réfère à
la typologie dAntoine Prost.[603] Le nom de la commune de
Tamines napparaît donc pas sur la pierre. Est-ce dû
au fait que le monument est le fruit dune initiative privée
? De plus, les noms des soldats ne sont ni classés alphabétiquement
ni par ordre chronologique de décès, ni par grade.
Les deux premiers noms sont ceux de Yvan et Antoine Liesens, deux
des fils de M. Liesens qui est à lorigine du monument.[604]
Quant aux deux personnages, le soldat et la Patrie,
ils ont chacun des attributs qui leur sont propres mais qui ne sont
pas sans liens lun avec lautre. Dune part le soldat,
fièrement équipé, il possède tous les
attributs caractéristiques du soldat belge, et de surcroît,
il ne porte aucune trace de la guerre (blessures,
).[605] Cest
un soldat qui sélance au combat, baïonnette au
canon. Il figure lhonneur, le courage et la vaillance du combattant.
Dautre part, la Patrie est représentée sous
les traits dune jeune femme, coiffée et vêtue
à lantique, dans de grands drapés larges. Elle
est assez jeune pour être épouse et assez âgée
pour être mère. Lartiste donne une image de la
Patrie à laquelle les femmes peuvent facilement sidentifier.
Il en va de même avec limage du soldat à travers
laquelle un ancien combattant peut plus facilement se reconnaître
que dans la représentation dun soldat mort.
Par ailleurs, lattitude de proximité,
de ces deux personnages exprime, de manière figurée,
le lien entre la Patrie et le soldat. En effet, lartiste a
figé le soldat dans une position délan, davancée
et a rendu également ce mouvement pour la Patrie, mais en
y ajoutant une certaine retenue. Traduction suggérée
du lien créé entre le soldat et la Patrie qui soutient
et pousse le soldat au combat. De plus, un parallélisme de
mouvement sinscrit dans les deux corps et les objets quils
tiennent.[606] Les pieds gauches partent du même point symbolisant
ainsi un sol commun, le sol national. De là, partent deux
lignes, suivant chacune le dos des deux personnages, jusquau
sommet de leur tête. Une autre ligne suit le fusil du soldat
pointé vers lavant, et, parallèle à celle-ci
une autre suit le drapeau également dirigé en avant.
Lartiste a donc créé un parallélisme
entre le fusil et le drapeau, ce dernier présenté
comme « larme » de la Patrie. Le monument nous
montre deux corps et deux armes. On voit également la Patrie
qui prend le soldat sous son aile protectrice : le drapeau. Lattitude
des deux personnage est clairement offensive. Monument intéressant
dans une commune qui a terriblement souffert de la guerre, et qui
en est ressortie meurtrie. Intéressant au niveau national
puisquil représente la Belgique (la Patrie) dans une
attitude offensive alors quen réalité, elle
a plutôt subi lattaque allemande, donc défendu
son territoire. En effet, ce type de monument est plutôt rare
en Belgique. Nous percevons ici une des caractéristiques
de la mémoire collective, qui consiste en une reconstruction
du passé que lon va idéaliser.
Dautre part, linscription ajoute au
moins deux dimensions au monuments. Premièrement, linscription
Ils sont morts pour la Patrie symbolise bien le lien établi
sur la pierre entre les deux personnages. Deuxièmement, cette
inscription répond à un besoin essentiel de laprès-guerre.
Cette guerre mondiale, fruit du nationalisme, reste complètement
absurde, comme le sont toutes les guerres. Or cette guerre a touché
la majorité des familles qui ont ressenti le besoin de trouver
une justification à la mort de leur proche. Et de surcroît,
il fallait trouver une raison valable. Cette raison, ce sera la
Patrie, motif reconnu par une large majorité de la population.
Ce message peut sadresser également aux anciens combattants,
dont beaucoup ont été choqués par la guerre.
A Tamines, ce besoin se manifeste très clairement dans linscription
du monument. Pourquoi ces hommes ont-ils combattu et sont-ils morts
? Pour la Patrie !
1.3 Le monument aux soldats français
(photos)
Lhistoire du monument aux soldats français
débute par une lettre envoyée, le 31 mai 1923, par
lassociation Les amitiés Françaises de Tamines,
au Bourgmestre et échevins de la commune, annonçant
officiellement leur projet : Messieurs, Nous avons lhonneur
de vous informer que nous avons décidé dériger,
au tienne dAmiont, un monument à la gloire de larmée
française et à la mémoire de ses vaillants
soldats tombés à Tamines et environs, en Août
1914, lors de la bataille de la Sambre.[607] Cette association,
organisée pour lérection dun Monument
à la Gloire de lArmée Française (
)
compte, et cest intéressant de le noter, comme président
dhonneur M. Liesens et vice-président M. Duculot, le
bourgmestre de Tamines ainsi que trente et un autres membres.[608]
Nous ignorons la date exacte de création de lassociation,
mais celle-ci est antérieure à lannée
1923 ; puisque le 4 juin 1923, le comité annonce aux bourgmestre
et échevins que le montant des souscriptions réunies
depuis lannée précédente sélève
à 31004 fb.[609] Dans cette lettre ils annoncent que le coût
du monument, le salaire de larchitecte ainsi que le parachèvement
sélève à 30600fb.[610] Par ailleurs,
cette association a imprimé une liste reprenant le nom et
la somme offerte par tous les souscripteurs.[611] Remarquons que
la moitié des fonds nécessaires à lérection
du monument proviennent de sept entreprises, dont six charbonnages.[612]
La cérémonie dinauguration,
fixée le dimanche 29 juillet 1923, est organisée par
lassociation à lorigine du monument. La presse
résume linauguration : en même temps quelle
glorifia lhéroïsme français, la journée
dhier raviva dans tous les curs la haine sacrée
du boche.[613] Le Journal de Charleroi débute son article
par la description de Tamines où il voit encore les traces
de la folle destruction guerrière et en profite pour raconter
à nouveau lhistoire du massacre.[614] Ces faits remis
en mémoire, le journaliste peut commencer le récit
de linauguration. Le cortège se forme à 14 heures,
après une réception à lHôtel de
ville, toutes les personnalités sont passées en revue.[615]
Une première gerbe est déposée au monument
des combattants de Tamines avant de descendre place Saint Martin
où une seconde gerbe vient fleurir la croix de bois, au son
de la Brabançonne.[616] Ensuite, le cortège arrive
par la rue de Falisolle, abondamment et magnifiquement pavoisée
au monument à inaugurer.[617]
Le monument se dresse le long de la route de Falisolle,
là où se tenaient les troupes françaises lors
de lattaque allemande, près du lieu dit Tienne dAmion.
Lendroit est symbolique car cest là quun
jeune soldat fut tué après avoir abattu un nombre
considérable de soldats allemands. Le monument se présente
sous la forme dun mur, accessible par trois marches, et dont
le centre est surélevé et surmonté par la statue
dun poilu : Pierre Lefeuvre.[618] Sur la partie droite du
mur, une grande plaque est écrit : Cest ici que le
soldat Pierre Lefeuvre du 70e régiment dinfanterie
sest héroïquement sacrifié. En dessous,
à droite de la statue, une autre plaque: Hommage de reconnaissance
et dadmiration aux glorieux soldats français tombés
en Août 1914. « Les amitiés françaises
» de Tamines. La sculpture a été réalisé
par M. Allard et le monument construit en pierres dEcaussines.[619]
La statue représente donc Pierre Lefeuvre,
jeune soldat de 24 ans, dorigine bretonne, tué durant
les combats du 21 et 22 août 1914.[620] Le président
de lassociation organisatrice présente, dans son discours,
lhistoire du jeune soldat : Et bientôt, lennemi
repasse le pont de Sambre pour la ruée décisive. Cest
alors que sillustra limmortel petit Breton de 24 ans,
Pierre Lefeuvre. Tireur délite, il attend le Boche
froidement. Il tire méthodiquement, calmement comme au stand
et ses coups répétés portent la mort dans les
rangs de la soldatesque qui savance.[621] La statue mesure
environ deux mètres de hauteur et domine littéralement
le spectateur qui la regarde. Ce dernier est placé en position
de contre-plongée. Ce poilu se tient debout, le torse bombé
vers lavant, dans une attitude fière. Dans sa main
droite, il serre le canon de son fusil, crosse en terre, signe dattente.
Derrière lui, dans sa main gauche, un drapeau dont la pointe
dépasse légèrement son képi. Son manteau
entrouvert, au niveau des jambes, nous laisse penser quil
savance. Son regard se porte en direction de Velaine, doù
arrivèrent, en 1914, les troupes allemandes. Avant de poursuivre
notre analyse voyons quelle description en donne Le Rappel: (
)
cest une muraille qui se dresse et semble encore vouloir barrer
la route à lenvahisseur. Il serre son arme contre lui
dans une attitude énergique semblant narguer lennemi
qui savance vers lui.[622] Le soldat debout sur la monument,
a été représenté dans une attitude idéalisée.
En fait, à travers un homme qui sest
particulièrement illustré au cours des combats, cest
lattitude de toute une armée, voire une nation, en
loccurrence la France, qui est représentée ici
face à linvasion allemande. Rappelons le but de cette
association : groupement organisé pour lérection
dun Monument à la gloire de lArmée Française
et à la mémoire de ses vaillants soldats tombés
à Tamines et environs les 21 et 22 Août 1914. Or ce
monument glorifie un homme qui sest distingué : Pierre
Lefeuvre. De plus, quelle est la plaque la plus importante sur le
monument ? La plaque qui célèbre la mémoire
de ce jeune soldat, se révèle trois fois plus grande
que lautre plaque, fixée à sa droite, et qui
rend hommage aux autres glorieux soldats français tombés
en Août 1914. Par ailleurs, sur le monument, et plus précisément
sur la plaque consacrée à Pierre Lefeuvre, lartiste
a posé un casque posé sur une palme. Cette palme revêt
plusieurs sens convergeants : à la fois palme du martyre
(gloire éternelle réservée au martyrs par Dieu),
elle représente également le succès, signification
provenant du pouvoir régénérateur de cette
plante, choisie comme symbole de la résurrection du Christ.[623]
Donc, palme du martyre, mais du martyre victorieux que symbolise
cette plante en raison de la minceur de son tronc, ainsi que de
la couronne de feuillage qui la surmonte, on lassocie aux
idées dascension, de renaissance et de victoire.[624]
Le monument dédie ce symbole à Pierre Lefeuvre, martyr
car il sest héroïquement sacrifié.
Ce monument, initialement créé à
la mémoire de larmée française consacre
donc essentiellement un homme, un « héros »,
symbolisant cette armée. Nest-il pas plus facile, pour
la mémoire collective, de retenir le nom dun homme
comme symbole ? On conservera le souvenir de larmée
française et de son illustre représentant à
Tamines, le soldat Pierre Lefeuvre.
1.4 Le monument aux fusillés
(photos)
Le monument aux fusillés de Tamines, constitue
le principal monument de la commune. Lorsque lon demande à
un Taminois des informations sur les monuments aux morts de la commune,
cest, à coup sûr, ce monument quils mentionnera
en premier lieu. Ce monument commémore, en effet, lévénement
le plus marquant de la guerre 1914-1918 à Tamines : le massacre
de 384 civils.
Ce monument va succéder à la croix
de bois plantée provisoirement sur les lieux de la fusillade.
La première mention de ce projet remonte au 24 janvier 1919
au conseil communal.[625] Pourtant linauguration du monument
naura lieu le 22 août 1926, soit sept années
après cette discussion au conseil communal et douze ans après
les faits. Le bourgmestre Duculot explique, dans une allocution,
les raisons pour lesquelles un monument doit être construit
: Considérant que des événements aussi graves
appartiennent à lhistoire, quils doivent être
commémorés, à perpétuité, non
seulement pour sauvegarder lhonneur des innocentes victimes
de la barbarie allemande et pour défendre le droit sacré
des gens , mais aussi pour flétrir lacte monstrueux
dont les habitants de Tamines ont été lobjet.[626]
Examinons à présent les différentes
étapes de lérection de ce grand monument. Au
départ, on retrouve donc la volonté du conseil communal,
unanime quant à lidée, mais divisé au
sujet de sa réalisation. Un projet de concours, pour lérection
du monument, est dressé par larchitecte Jules Lalière,
de Namur, en 1920.[627] Un projet est déposé, reste
donc à le réaliser ? Théoriquement, cest
ce qui aurait dû se passer, mais la réalité
va ici sécarter de la théorie. En effet, en
1921 et 1922, la majorité catholique et lopposition
libérale vont se heurter au sein du conseil communal sur
un point : la place Saint Martin. Doit-elle être totalement
consacrée à la commémoration des événements
daoût 1914, donc perdre sa vocation marchande, et dans
ce cas, une nouvelle place publique serait construite à proximité
?
Pour répondre à cette question, un
comité consultatif est mis sur pied le 2 août 1921,
il a pour mission de donner son avis sur la question de la grand
place, à laquelle sont rattachés des intérêts
moraux et vitaux qui préoccupent si vivement et si justement
toute la population.[628] Ce comité sera composé de
quatre personnes des Alloux et quatre de Saint Martin ; quatre seront
dopinion catholique et quatre dopinion cartelliste.
En outre, il se composera de quatre survivants de la fusillade et
de quatre personnes choisies dans la population.[629] Ce comité
va se dissoudre plusieurs mois plus tard sans rendre davis.
Par conséquent, la décision reste à prendre.
Un échevin libéral, M. Defosse, expose
son point de vue de la question, quil débute par un
rappel des faits et, ajoute ensuite que des événements
dune telle gravité, survenus dans des circonstances
si atroces, appartiennent à lhistoire ; quils
doivent être commémorés indéfiniment
pour la sauvegarde de lhonneur des innocentes victimes de
la barbarie teutonne, pour la conservation de la bonne réputation
de la commune de Tamines ; (
)[630] Il expose ici toutes les
raisons de construire un monument sur la place, où devraient
avoir lieu les manifestations commémoratives. Mais que pour
donner à ces manifestations lampleur, la solennité
et le respect quelles comportent il est indispensable denlever
à la Grand Place, sa destination ancienne pour la consacrer
exclusivement au culte des morts et au souvenir dévénements
tragiques cet endroit devenu sacré pour tous.[631] Cet échevin
propose de créer une nouvelle place à proximité.
Son projet est rejeté par 6 voix contre 5.[632] Les catholiques
décident quétant donné que la situation
financière de la commune ne lui permet point denvisager
actuellement la création dune place nouvelle, la partie
de la place Saint Martin, où a eu lieu le massacre, sera
clôturée et donc séparée du reste de
la place.[633] Du reste, la localisation du monument, sur la place,
saute aux yeux, puisque cest lendroit même du
massacre. De plus, signalons que cette place constitue également
dans la commune un lieu de passage obligé, rendant le monument
visible aux yeux de tous.
La décision ne plaira pas comme en témoigne
cette déclaration de M. Liesens au conseil communal : Ne
pouvant admettre que des festivités bruyantes et des réjouissances
publiques se déroulent sur la place où tant de Taminois
sont tombés victimes de la barbarie boche (
)[634] La
décision ne sera pas modifiée. En outre, le 30 septembre
1922, la majorité décide de la création dun
comité chargé de réunir des fonds pour financer
le monument.[635] Elle annonce également le choix du projet
déposé par M. Lalière ainsi que son coût
: 128.161 fb.[636] De plus, on charge le collège de faire
toutes les diligences nécessaires afin dhâter
lérection de ce monument dont linauguration se
fera au plus tard le 22 août.[637] Lopposition va reprocher
à la majorité davoir choisi larchitecte,
le projet, sans demander lavis de lopposition et surtout
que le projet de M. Lalière ne répond pas à
lattente de la population.[638] Malgré ces protestation,
la construction du monument va se poursuivre peu à peu jusquà
son inauguration en août 1926. La sculpture sera confiée
à Henri Mascré, de Bruxelles, et reviendra à
35000 fb.[639]
Le monument, sera achevé après le
mois daoût 1925, reportant à lannée
suivante son inauguration. En effet, celle-ci devait absolument
se dérouler le 22 août, date anniversaire de la fusillade.
Linauguration a donc lieu le dimanche 22 août 1926 en
présence de centaines de personnes et dun nombre considérable
de personnalités. Elle se déroule, comme les précédentes
en plusieurs étapes. La presse va, bien entendu, rendre largement
écho de cette manifestation, puisque Le Rappel et Vers lAvenir
en feront une partie de leur Une, seul le Journal de Charleroi reléguera
larticle, fort court, en 3e page.[640] La cérémonie
débute par une messe, le matin, à léglise
des Alloux, sanctuaire des malheureuses victimes que la soldatesque
allemande allait immoler.[641] Le prêtre a, dans son sermon
défini le sens que doit avoir la cérémonie
commémorative daujourdhui.[642] Il voit tout
dabord, un devoir de reconnaissance envers les héros
Taminois qui ont donné leur sang et leur vie pour nous, ensuite
il ajoute nous devons être fiers de leur sacrifice et nous
ne pouvons mieux faire quexalter leur mémoire et il
conclut : faisons en sorte que la leçon des douloureux événements
de la guerre exalte en nous lesprit du renoncement et du sacrifice.[643]
Un cortège se forme ensuite et parcours litinéraire
suivi le 22 août 1914 par les malheureux Taminois.[644] Ils
sarrêtent au monument dédiés aux soldats
puis continue en direction de la place. Le ministre de lagriculture
M. Baels[645], au nom du gouvernement, va y prononcer son allocution,
dont voici quelques extraits : La Belgique tenlace, comme
son enfant préférée, car tu as le plus souffert
et tu es limage de sa propre torture ! (
) debout les
morts ! Debout, les insultés, les cravachés, les conspués,
les flagellés, avant davoir connu les affres du trépas.
Debout (
) tous ceux de cette terre sainte, debout ! Vous êtes
nos aimés, vous êtes nos héros, vous êtes
nos chers crucifiés, vous êtes les plus grands de nos
enfants ! (
) Regarde Tamines, symbole impérissable
de linnocence martyrisée. Cest aussi le symbole
le plus frappant du martyre de la Belgique ![646] Le cortège
se rend alors au cimetière des fusillés puis au monument
consacrés aux soldats Français. A 14h 30 avec larrivée
du prince Léopold, linauguration du monument, proprement
dit, peut commencer. Le bourgmestre Emile Duculot débute
par un discours, suivi par Mme Rosart-Hubeau, présidente
de lAssociation des Veuves et des Ayants-droit des victimes
civiles de la guerre, de M. Permiganeu, survivant de la fusillade,
de M. Fauville, président des Anciens Combattants et enfin
de S. A. R . le prince Léopold.[647] Son discours prononcé,
le prince inaugure le monument.
Le monument aux fusillés de Tamines se dresse
à lendroit où furent fusillés les hommes,
le soir du 22 août 1914.[648] Il est séparé
du reste de la place par un muret traversant la place en largeur
et percé au centre dune ouverture. A sa gauche et à
sa droite, quatre pelouses entourées de haies, enclos où
383 Taminois furent fusillés le 22 août 1914.[649]
A gauche du monument, contre le mur du pont, trois plaques de pierre
sur lesquelles furent gravés les noms des tués. Pour
y accéder, trois petites marches, encadrées de chaque
côté par une urne de pierre. Au dessus des trois stèles,
une inscription : Le 22 août 1914 eut lieu sur cette place
le massacre de la population de Tamines par les Allemands. 384 hommes
de tout âge périrent 98 furent blessés. Cest
le contenu de linscription posée au pied de la croix
de bois (seule différence, 384 morts au lieu de 383). De
plus, aux extrémités et entre les trois plaques, pendent
quatre anneaux de pierre. Est-ce une reprise de la symbolique de
léternité représentée par lanneau,
figure parfaite puisque circulaire ?[650] Quant aux deux urnes,
elles sont clairement de type funéraire contenant symboliquement
les cendres vénérées des victimes.
Mais revenons au principal monument qui attire
immanquablement, à lui tout seul, le regard du badaud. Monument
avec statuaire, il représente quatre personnages en train
de mourir. Haut de plus de quatre mètres, il écrase
le spectateur qui doit, pour bien le voir, prendre beaucoup de recul.
Nous le classerions, selon les critères dAntoine Prost,
dans la catégorie des monuments de type funéraire.
On y voit principalement une femme : lallégorie de
Tamines. Cette dernière, de corpulence assez forte, habillée
à lantique, porte un drapé léger, épousant
les formes du corps. Debout au milieu de trois hommes, elle lève
le bras gauche au ciel, la main ouverte, les doigts tendus au maximum,
tandis quelle se dissimule à moitié la tête,
dans son bras droit replié vers larrière. Son
corps sarque vers lavant, comme blessé mortellement
dans le dos. Elle représente ainsi la ville de Tamines victime
de la « traîtrise allemande ».
Gisant à ses pieds, trois hommes, dont deux
sont certainement morts et le troisième, près du pied
gauche de cette femme, semble agoniser. Ils sont tous les trois
vêtus en civils de lépoque du drame, excepté
ce troisième homme, en train de mourir, torse nu. Ils représentent
les hommes que les soldats ont exécuté sur la place,
le 22 août. Par extension, ne peut-on pas y lire la représentation
de toute la population victime du massacre ?
Le sculpteur a donc adroitement mêlé
la réalité (les trois hommes) et le symbolisme (lallégorie
de Tamines). Et ce mélange, tel quil apparaît
sur le monument, nest pas neutre. En effet, quy valorise-t-on
principalement ? Limage dune femme touchée à
mort. Bien entendu, cette femme est une allégorie, une représentation
symbolique de la commune de Tamines. Le spectateur non initié
à lhistoire du massacre peut très facilement,
et légitimement, penser quil sagit en fait dune
victime. Or il ny a pas eu de femmes fusillées avec
les hommes sur la place ce soir là. Il semble donc que lon
ait utilisé limage de linnocence et de la douleur
de la femme de manière à émouvoir le spectateur.
Durant la guerre, la propagande a exploité au maximum cette
image féminine renvoyant en filigrane à la mère,
à lépouse. Parce que une femme qui souffre et
meurt, émeut beaucoup plus.
Quant à la seule inscription, apposée
sur le socle du monument, sa signification permet une meilleure
compréhension du monument. Aux martyrs du 22 août 1914.
Que signifie vraiment le mot martyr ? Dans sa première acception,
un martyr ou une martyre est une personne qui a souffert la mort
pour avoir refusé dabjurer la foi chrétienne.[651]
La seconde définition plus éclairante, donne : personne
qui meurt, qui souffre pour une cause.[652] On qualifie donc les
fusillés de martyrs, cest-à-dire que lon
va trouver une cause à leur mort. Cette cause nest
pas mentionnée sur le monument mais lest dans lesprit
de lépoque. La presse en rend très bien compte
: Ceux qui pieusement sont morts pour la Patrie ou 383 victimes,
martyrs de Tamines avaient payé la tribut pour la Patrie
ou encore ceux, tant au pays quau front, ont sacrifié
leur existence pour la Patrie et le sacrifice des 384 fusillés
de Tamines morts pour la Patrie.[653] Comme pour les soldats tués
au cours des combats, il a fallu donner un sens à ces toutes
ces morts brutales. En effet, ces hommes sont morts soudainement,
comme toutes les victimes dexécutions arbitraires,
ils ont été choisis puis massacrés. Après
la guerre, les vivants ont donc répondu à leur propre
besoin, lié au deuil, de trouver et accepter une raison à
ces morts.
Lié à ce besoin de trouver une cause
juste pour laquelle ces hommes sont morts, apparaît un autre
besoin, celui de reconnaissance du statut de victime. Ce besoin
procède dun mécanisme appelé victimisation.[654]
Appliqué au cas de Tamines, il sagit, pour la commune
et ses habitants, de se faire reconnaître aux yeux de tous,
et principalement du monde extérieur, en tant que victime
(de la « barbarie allemande »). A cette fin, on insistera
dans les témoignages, discours, sur les aspects horribles
du massacre, les destructions, les pillages, bref toutes les souffrances
endurées par la population de manière à provoquer,
chez le témoin extérieur, un sentiment dindignation
et surtout de reconnaissance. Reconnaissance du mal qui a été
fait et ensuite du nouveau statut de victime. En loccurrence,
nous sommes en présence de victimes civiles, des hommes,
mais également dune autre victime : la commune de Tamines,
notre cité martyre dira le bourgmestre.[655] La ville de
Tamines, comme celle de Dinant ou dAndenne va safficher
en Ville Martyre. Cette victimisation se retrouve dune part,
sur le monument sous les traits de cette femme, symbolisant la commune,
en train de mourir et dautre part dans tous les discours dinauguration.[656]
Les soldats Taminois et Français de même
que les civils fusillés, sont commémorés à
travers trois monuments distincts. La mémoire de ces trois
groupe est assurée, la commune sest acquittée
de son devoir de reconnaissance. Du moins le pense-t-elle, car les
autorités communales ont délaissé un autre
groupe : les déportés.
1.5 La plaque des déportés
Messieurs les Bourgmestre et échevins de
Tamines. Les déportés de Tamines estiment que par
leur conduite en Allemagne ils ont droit à une reconnaissance
due par la commune ; que par leur abnégation et leurs souffrances
endurées ils ont sauvé leurs concitoyens des bagnes
allemands. Pour ces motifs, nous vous demandons un monument élevé
à notre intention pour perpétuer notre patriotisme
aux générations futures.[657] Cette lettre a donc
été envoyée dès 1922 au Bourgmestre.
Dans les faits, la société des déportés
nobtiendra ni le terrain ni les fonds nécessaires à
lérection dun monument, mais seulement une plaque
commémorative. La société revendique effectivement,
au mois davril 1923, un terrain communal pour y ériger
son monument.[658] Le collège échevinal écarte
cette demande en juillet 1923, arguant que lemplacement proposé
par la Société des déportés nest
pas très heureux et se prononce pour le placement dune
plaque en bronze sur la façade de lHôtel de ville.[659]
La société des déportés doit déposer
son projet, son coût et le conseil communal décidera
du montant offert par la commune.[660]
Rebondissement intéressant en janvier 1927,
le président de la société Les Déportés
écrit au Conseil communal : Ayant appris quune nouvelle
proposition avait été faite par Monsieur Fernemont
ffion de Bourgmestre (ndlr : récemment élu), concernant
la plaque commémorative aux déportés morts
pour la patrie et le placement de celle-ci à lintérieur
de lhôtel de ville, nous protestons énergiquement
contre cette proposition et demandons que la décision prise
à lunanimité des membres du conseil (
)
soit respectée, cest à dire une plaque en bronze
et placée à la porte dentrée principale
à lextérieur de lhôtel de ville.
Ne serions nous pas aussi dignes dintérêts
que les fusillés et autres victimes de la guerre, le geste
de patriotisme des Déportés doit-il être oublié,
pour que cette plaque soit reléguée à lintérieur
de lhôtel de ville, ne doit-elle pas être placée
à vue pour montrer aux générations futures
le geste magnifique de ces nobles martyrs. Nous osons espérer
que notre protestation sera prise en considération et que
cette plaque sera placée à vue conformément
à la décision de lancien conseil communal.[661]
Limportance du besoin de reconnaissance, enjeu énorme
pour les déportés, apparaît déjà
très nettement dans cette réclamation. En effet, pour
les déportés la plaque doit absolument être
fixée à lextérieure pour être vue
de tous. Leur réclamation est entendue, la plaque sera fixée
à lextérieur, et, la société Les
Déportés annonce au bourgmestre que linauguration
est fixée au dimanche 20 novembre 1927.[662]
Linauguration doit débuter à
13h par le dépôt dune gerbe de fleurs à
la plaque fixée à la gare en lhonneur des agents
des chemins de fer, puis le cortège doit aller fleurir les
autres monuments de la commune, respectivement, le monument aux
soldats français, aux fusillés, au caveau des combattants
et déportés (cimetière) et au monuments des
combattants pour terminer par linauguration officielle de
la plaque aux déportés.[663] Dans la presse, seul
Le Rappel rendra compte de lévénement, à
travers un petit article inséré en deuxième
page. Ce journal annonce que la manifestation na pas eu lampleur
prévue (
) litinéraire a été
raccourci et plusieurs sociétés étrangères
firent défaut.[664] Dans son allocution, le nouveau bourgmestre
de Tamines dira que la commune de Tamines estime sacquitter
envers vous dune dette de reconnaissance.[665] Larticle,
très court donc, conclut : et la belle manifestation se termine
sous un ciel gris et chargé de pluie fine. Ambiance convenant
à la tristesse qui malgré tout sempare des curs.[666]
La plaque fixée à gauche de lentrée
de lhôtel de ville mesure environ un mètre de
hauteur.[667] Ornée de motifs végétaux, dont
nous allons lire la signification et tenter dinterpréter,
elle comprend une inscription : 1916-1918. Tamines à ses
déportés morts en captivité, en dessous sont
inscrits les noms des sept déportés décédés,
classés par ordre alphabétique. Voyons, à présent,
les symboles ornant la plaque, et, situé en haut, en plein
milieu, le principal dentre eux, une couronne de lierre. Les
couronnes végétales désignent, en général,
une élévation et la forme circulaire symbolise, comme
nous lavons déjà dit, la durée.[668]
Les feuilles de lierre symbolisent, de coutume, limmortalité,
car le lierre est une plante qui senroule autour des arbres
morts et continue malgré tout à donner des feuilles
vertes, représentation de la croyance médiévale
de lâme qui continue à vivre après la
mort du corps.[669] Un écusson représentant une pelle
et une pioche surmonte cette couronne, allusion ouverte sans doute
aux symboles du travail des déportés. Sur les côtés
de la plaque courent dautres feuilles de lierre.
Nous classerions cette stèle dans la catégorie
des monuments civiques, car il met laccent sur lhommage
rendu par les vivants (Tamines) aux morts (ses déportés
morts en captivité) individualisés par leur noms affichés.[670]
Ce monument dit lessentiel, il affirme la soumission au devoir
de civisme et de souvenir. Et cest bien de soumission quil
sagit ici lorsque lon connaît les difficultés
rencontrées lors de la création de ce monument. Dune
part, un groupe, les déportés, ne se sent pas reconnu
par la communauté. Il illustre ici cet aspect de la victimisation,
déjà évoqué pour les fusillés,
à savoir ce besoin essentiel de reconnaissance ressenti par
la victime. En effet, sur quoi insistent avec force les déportés
? Dune part les souffrances endurées et leur abnégation
faisant deux des victimes et dautre part, le devoir
de reconnaissance que méritent ces actes. Or que se passe-t-il
à Tamines ? Cette reconnaissance nest pas aussi spontanée
que pour les fusillés ou les soldats et donne ainsi limpression
aux déportés quils sont rejetés. Cet
exemple illustre parfaitement bien limportance que revêt
la reconnaissance de chaque groupe (civils, militaires, déportés)
par la communauté au sein de laquelle ils vivent.
Voici donc présentés les cinq principaux
monuments de Tamines pour lesquels nous avons trouvé des
informations. Nous allons à présent passer en revue
les derniers monuments pour lesquels nous sommes dépourvus
dinformations. Signalons tout de suite que leur importance
dans la commune est moindre puisque, lors des cérémonies
dinauguration les cortèges se rendent toujours et presque
exclusivement à lexception des déportés
qui se rendent à la gare et au cimetière auprès
des principaux monuments dont nous venons de parler.
2. Les autres monuments aux morts
2.1 Le monument aux combattants et déportés.
Cimetière de Tamines
La construction de ce monument est antérieure
à 1924 puisque nous en trouvons une mention dans une lettre
du bourgmestre Duculot datée du mois de novembre 1924.[671]
Il se dresse en plein milieu du cimetière de la commune.
Nous ne savons rien de ce monument excepté ce que sa forme
et ses inscriptions nous livrent. Un socle de forme rectangulaire,
planté au milieu dun enclos formés par une bordure
symbolique, supporte une colonne de type antique surmontée
dune croix.[672]
On peut lire sur le côté frontal du
socle Tamines à ses glorieux enfants et, sur le côté
droit A nos héros suivi du nom des 24 soldats tués,
classés par ordre alphabétique, et sur le côté
gauche, A nos déportés martyrs et les sept noms de
déportés morts en captivité. En outre, insérées
dans linscription frontale, deux médailles. La première,
la croix de guerre est surmontée de la couronne royale, contient
au centre le lion belge et cette croix est posée sur deux
épées croisées ( Arrêté - loi
du 25). La seconde médaille, la croix des déportés,
porte sur ses bras latéraux les inscriptions 1914 et 1918
(Arrêté royal du 27 novembre 1922). Ce monument se
rangerait plutôt dans la catégorie funéraire.
Funéraire de par sa localisation dans le cimetière
et lemblème religieuse au sommet et par la mention
du destinateur : Tamines.[673]
2.2 Plaque funéraire dans le hall de la gare
Cette plaque, dont la seule mention que nous connaissons
est celle du programme dinauguration de la plaque aux déportés
en 1927, se trouve dans le petit hall de la gare de Tamines. Sur
fond de pierre noire, est apposée une grande plaque en métal
de couleur dorée.[674]
Ornée en haut et en bas dune frise,
elle comporte septante noms, classés alphabétiquement.
Au dessus de ces noms, linscription latine In memoriam. La
frise supérieure représente une roue de train portant
deux ailes, ayant pour fond une branche de chêne et de laurier.
A gauche et à droite se dressent deux palmes. Cette palme
symbolise, comme nous lavons vu pour le monument aux soldats
français, le martyre, le succès et la résurrection.
Le chêne, souvent choisi comme symbole pour la dureté
de son bois, est associé à lidée dimmortalité,
de durée.[675] Quant au laurier, il symbolisait, dans lantiquité
païenne, la paix succédant à la victoire puis
a pris, chez les chrétiens, la signification de vie éternelle.[676]
La frise inférieure comporte linscription 1914-1918
sur fond de chêne et de laurier. Ce type de monument commémore
ceux dont la guerre nétait pas le[ur] métier.[677]
Souvent, en effet, après la guerre les institutions ont tenu
à honorer leurs morts, posant des plaques à lintérieur
de leurs bâtiments.[678] On en retrouve ainsi dans les gares,
les postes,
Par conséquent, les noms inscrits sur la
plaque de la gare de Tamines sont vraisemblablement ceux de cheminots
tués durant la guerre. On retrouve parmi ces noms, des soldats
tués au combat et des fusillés.
2.3 Plaque funéraire du Bazar Mombeek
Située dans une petite chapelle érigée
à côté de lancien magasin, cette plaque
commémore les six personnes mortes brûlées dans
la cave le samedi 22 août. La plaque, noire, est décorée
sur les côtés par deux palmes dont nous venons de rappeler
la symbolique. Une inscriptions surmonte les noms et prénoms
des six personnes décédées : Ici brûlèrent
vives victimes des boches. Cette plaque a vraisemblablement été
posée par les survivants de cette famille dans les années
daprès guerre. Linscription est la plus virulente
puisque cest la seule de la commune où lon parle
des Allemands et de surcroît en terme dépréciatifs.
2.4 Plaque funéraire de léglise
des Alloux
Plaque commémorative de grande taille, dont
nous ne savons rien, fixée sur les murs du bas-côté
droit de léglise, elle reprend les noms de tous les
soldats et civils Taminois morts pendant la guerre.[679] Cette plaque
noire est surmontée dun ange tenant dans ses mains,
le regard porté vers les noms, une grande palme dont nous
avons également vu précédemment la signification.
Sous lange, une inscription, en lettre dorées sur fond
noir : A la glorieuse mémoire de nos Héros et de nos
Martyrs. Au centre, de la grande plaque noire, une plaque de marbre
blanc sur laquelle sont inscrits, en lettres dorées, les
noms de vingt soldats morts.[680]
Une couronne de laurier est posée au sommet
de cette plaque, et juste en-dessous, linscription Dieu et
Patrie. Les noms de 335 civils fusillés sont alignés
en dix colonnes et classés alphabétiquement, à
lexception des noms de prêtres, gravés en tête
de la première colonne. Cette plaque commémorative
allie clairement le style funéraire et patriotique. Funéraire
dabord, par sa localisation dans léglise et la
statue de lange tenant cette palme au-
dessus des listes de décédés.
Cet ange tenant une palme ainsi que la mention du mot martyr font
clairement référence aux martyrs chrétiens.
Ensuite, le monument présente un aspect patriotique lié
au côté religieux que lon trouve dans l'inscription
Dieu et Patrie.
3. Appendice : les stèles funéraires
du cimetière des fusillés
Avant de passer aux conclusions de cette étude,
nous avons jugé intéressant de nous arrêter
quelques instants sur les stèles funéraires du cimetière
des fusillés, situé autour de léglise
Saint Martin.[681] Tout dabord, il faut distinguer les stèles
censurées par les Allemands, des autres stèles ayant
échappé à cette censure. Le 20 mai 1916 le
bourgmestre de Tamines reçut lordre, venant des autorités
allemandes de Namur, de retirer les mot « martyr » des
stèles ou des croix et de le remplacer par victime.[682]
Cet ordre explique les traces de coups de burins visibles sur certaines
pierres. Par exemple, sur la stèle dédiée à
M. Joseph Gilson, on constate quil manque deux lignes, au
centre. Linscription, A la pieuse mémoire de Joseph
GILSON (
) est surmontée dune palme, symbole du
martyr. La stèle consacrée à M. Dieudonné
Laporte na pas été censurée, comme en
témoigne linscription victime de la barbarie allemande
le 22 août 1914. Inscription encore une fois surmontée
de la palme du martyr et dun crucifix.
La stèle de Léonard Bonet, âgé
de 18 ans au moment de sa mort, est encore un peu plus virulente
puisque enlevé à Falisolle par les barbares allemands
et martyrs de leurs atrocités.[683] La symbolique du martyr
omniprésente laisse parfois la place à dautres
symboles comme le lierre, allusion à limmortalité,
soit autour dune croix ou dans une urne.[684] En outre, la
présence dun croix ou dune représentation
du Christ souffrant est assez fréquente. On retrouve donc
dans ces stèles, le même procédé présent
sur le monument aux fusillés, à savoir, que ces victimes
sont devenues, pour les familles, des martyrs.
III. Conclusions
Après avoir examiné chaque monument
individuellement, il est temps de prendre un peu de recul, afin
de percevoir les traits caractéristiques de ce mouvement
de commémoration que représente lérection
de monuments aux morts. A Tamines, ce mouvement sétend
donc de 1918 à 1927, dernière date portée à
notre connaissance. De toute façon, nous sommes convaincus
que les monuments pour lesquels les informations manquent sont des
initiatives supplémentaires aux monuments principaux et le
manque dinformation à leur égard lèse
très peu cette étude. Nous pouvons comprendre, au
travers des cinq grands monuments de la commune, ce phénomène
particulier que représente lérection de monuments.
Les cinq monuments de Tamines, honorent chacun
un groupe particulier (soldats belges, français, civils fusillés
et déportés) de la population. Chacun de ces groupes
ressentait le besoin dêtre reconnu aux yeux de la communauté
et les tensions autour du monument aux déportés illustrent
bien limportance de ce besoin de reconnaissance. Par ailleurs,
le rôle de la communauté sincarne dans le chef
de ladministration communale de Tamines. Cette dernière
se retrouve, en effet, dune manière ou dune autre,
derrière chaque initiative de monument. Même pour le
monument aux combattants, il y a remise de ce monument à
la commune, et, dans lexemple du monument aux Français,
ce sont des représentants du pouvoir communal dans lassociation
instigatrice du monument. A ce sujet, le rôle du bourgmestre
Duculot pendant la guerre, lui a conféré une notoriété
considérable dans la commune, doù son action
prépondérante dans les divers projets.
Quant aux monuments, leur fonction, les messages
quils transmettent, plusieurs points communs les unissent.
Premièrement, ils répondent donc tous au besoin de
reconnaissance éprouvé par les divers acteurs. Ils
fournissent une cause valable aux trop nombreux morts victimes de
la guerre. Cette cause, que lon retrouve dans la majorité
des monuments, sappelle la Patrie (et très rarement
la Belgique ? ! ?). Par ailleurs, prend forme à Tamines limportance
de la notion de victime : victimes parmi la population et la commune
de Tamines, elle-même, qui saffiche comme victime. Cependant,
laspect religieux nest pas omniprésent dans tous
les monuments, alors que les catholiques détiennent la majorité
au pouvoir communal. Cet aspect sera bien plus marqué lors
des inaugurations, dans les sermons et allocutions. Par exemple,
la reprise des paroles dEzechiel « Debout les morts
!(
) », sert, comme lexplique Annette Becker, à
faire revivre les morts : face au devoir accompli par les disparus
existait un devoir parallèle, celui de sauvegarder leur mémoire
et la mémoire de leur sacrifice. La commémoration
se place ainsi exactement entre la mort et la vie.[685] A Tamines,
le sacrifice de chaque groupe sera célébré
et les familles consolées.
Ce rapport créé par le monument entre
la vie et la mort se retrouve également dans la notion despace
sacré et despace profane. Tous les monuments de Tamines
présentent un enclos, parfois très symbolique, marquant
la différence entre ces deux espaces. On ne dresse pas un
monument nimporte où, sans délimiter son espace.
Le conflit sur la question des festivités à Tamines,
place des Martyrs, exprime parfaitement limportance de lespace
sacré. Le choc, dans ce cas précis, de la fusillade
fut tel pour certains que lendroit où elle se déroula
devait être coupé de lextérieur, de la
vie. Le passage du profane au sacré se fera, en général,
lors de linauguration du monument, de son entrée officielle
en fonction. Un autre aspect des inauguration paraît intéressant
à soulever : la présence des enfants. Celle-ci est
obligatoire, leur place dans les cortège est fixée
à lavance, et, comme lexplique Antoine Prost,
le culte civique est en même temps leçon de morale.
Doù limportance de la participation des enfants.[686]
Enfin, se retrouve à travers les monuments
de Tamines et lhistoire de leur construction, tout le travail
accompli par la mémoire collective et son éloignement
de lhistoire, tel que Pierre Nora lexplique dans Les
lieux de mémoire.[687] De nombreuses réflexions proposées
par cet auteur à propos de la mémoire collective et
des lieux de mémoire, les monuments aux morts en loccurrence,
se confirment dans le cas de Tamines. Les monuments de cette commune
vont répondre à plusieurs objectifs de la mémoire
de la Grande guerre. Les monuments vont lutter contre loubli
de la guerre, il vont donc rester fidèles. Ils vont aussi
rendre éternel ce qui est définitivement mort, on
le remarque très bien à travers le monument aux soldats
et aux fusillés. Comme nous lavons précédemment
évoqué, chaque monument va être paré
déléments symboliques, fruits de la sacralisation
opérée par les civils. De plus, chaque monument, nous
lavons vu, va rappeler un événement marquant,
souvent complexe, mais qui, sur la pierre, sera sous la forme dun
métonymie (la Patrie et le soldat pour les soldats, lallégorie
de Tamines et trois fusillés pour tous les martyrs, Pierre
Lefeuvre pour larmée française). En fait, la
commune de Tamines, comme beaucoup dautres, en choisissant
sa propre mémoire des événements, se construit
une identité propre.[688] Identité dans laquelle un
maximum de ses concitoyens doivent se retrouver, ce besoin du nombre
comme garantie de réussite sexprime concrètement
dans la publication des listes de souscriptions publiques pour la
construction dun monument. En effet, plus il y a de souscriptions,
même minimes, plus il y a de gens qui ont participé
au monument et qui donc participent et se reconnaissent dans cette
identité. De plus on peut également mettre en évidence
lanalyse des axes autour desquels se structure cette identité
créée par la mémoire collective.[689] Le premier
axe, affectif, consiste à assurer lestime de soi ;
le second, cognitif, vise à assurer la compréhension
de soi et du monde, par exemple, en injectant du sens dans ce qui
nen a pas (à Tamines, trouver une cause pour la mort
absurde des soldats et surtout des civils) ; le troisième
et dernier axe, éthique, a pour mission de garantir des valeurs
normatives (valeurs affichées par les personnages des monuments,
tels que le courage, lhonneur et la vaillance du soldat partant
au combat). Cette identité consiste donc à exprimer
lexpérience vécue (la mort des soldats, des
civils, des déportés et des amis français venus
en aide) en y ajoutant de lidéal.[690] La guerre a
profondément traumatisé les hommes de l'époque.
Il a donc fallu traduire le vécu et surtout se faire reconnaître
à Tamines en tant que victimes (mécanisme de victimisation).
La commune de Tamines sest parfaitement inscrite dans ce mécanisme
de construction dune identité de victime, basée
sur des faits réels, mais modelés par la mémoire
afin de donner une image type de la commune : Tamines ville martyre.
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[575] CAMUS, A., Le Premier Homme, Paris, 1994,
p. 29-30.
[576] Pour obtenir la référence précise,
consulter la bibliographie supra.
[577] Ibidem.
[578] PROST, A., Les monuments aux morts. Culte
républicain ? Culte civique ? Culte patriotique ? dans NORA,
P., Les lieux de mémoire. T.I, La république, Paris,
1984, p. 196.
[579] Ibidem, p. 200.
[580] Ibidem, p. 200.
[581] Ibidem, p. 201.
[582] Ibidem, p. 201-207. Notons que ces typologies
peuvent être combinées. En effet, Antoine Prost parle
de monument civique patriotique ou de monument civique funéraire,
etc
Nous expliquerons plus en détail cette typologie
lorsque nous lappliquerons aux monuments de Tamines.
[583] BECKER, A., Les monuments aux morts. Patrimoine
et mémoire de la grande guerre, Paris, 1988, p. 22.
[584] ECO, U., Le signe. Histoire et analyse dun
concept, Bruxelles, 1988, p. 31.
[585] Par diverses situations, nous entendons lexpérience
différente vécue par les soldats belges, français,
la population taminoise, les déportés, soit tous ces
groupes honorés dans des monuments particuliers. En clair,
cela correspond au front pour les soldats belges, à la bataille
de Tamines pour les militaires français, au massacre du 22
août 1914 pour les civils et à la déportation
de 1916 pour les déportés. Au sein de lévénement
guerre, nous retrouvons des événements plus particuliers
à chaque groupe dhommes.
[586] Cfr schémas en annexe XVII.
[587] Cfr représentation de la croix en
annexe IV.
[588] Ibidem, p. 97.
[589] Archives de la commune de Tamines. Commune
de Tamines. Registre aux délibérations du Conseil
Communal du 25/11/1918 au 24/7/1925, séance du 29/07/1923.
[590] Cfr représentation de la nouvelle
croix en annexe V.
[591] La partie de la place Saint Martin où
eut lieu la fusillade, changea de dénomination en juin 1923,
sur décision du conseil communal de Tamines, pour devenir
Place des Martyrs. Archives de la commune de Tamines. Commune de
Tamines. Registre aux délibérations du Conseil Communal
du 25/11/1918 au 24/7/1925, séance du 26/06/1923.
[592] Archives de la commune de Tamines. Commune
de Tamines. Registre aux délibérations du Conseil
Communal du 25/11/1918 au 24/7/1925, séance du 27/07/1920.
[593] Ibidem.
[594] Ibidem.
[595] Ibidem.
[596] Correspondance du 1/07/1921 envoyée
au bourgmestre, dans Archives de la commune de Tamines. Boîte
1.853.1. Monument P. Lefeuvre et autres monuments (soldats).
[597] Correspondance du 1/07/1921 envoyée
au bourgmestre, dans Archives de la commune de Tamines. Boîte
1.853.1. Monument P. Lefeuvre et autres monuments (soldats).
[598] Ibidem.
[599] Les différentes inaugurations de monuments
aux morts feront systématiquement lobjet, dans Le Rappel
et Vers lAvenir, dun article. Par contre, Le journal
de Charleroi ne fera écho que de linauguration du monument
aux soldats français (1923) et aux fusillés (1926).
Or les articles du Rappel et de Vers lAvenir présentent
une structure intéressante.
En effet, lexamen des articles décrivant
les inaugurations nous a fait remarquer quils présentaient
tous la même structure générale. En effet, ils
commencent tous par une mise en contexte consistant en une description
de Tamines. Ensuite, lauteur aborde lobjet de larticle,
à savoir le monument que lon inaugure. Il décrit
alors les étapes successives de linauguration, en citant
les noms de toutes les personnalités présentes. La
dernière partie de larticle reprend généralement
en tout ou en partie les différents discours prononcés
lors des cérémonies.
Outre cette structure semblable, ces articles utilisent
un certain type de vocabulaire pour décrire lambiance
et la réussite de lévénement. Signalons
demblée que ce vocabulaire est commun aux trois journaux
dépouillés, catholiques comme socialiste. Ce vocabulaire,
comme lexplique Gabriel Ringlet dans Le mythe au milieu du
village (Bruxelles, 1981, p.301) sert à marquer la réussite
de lévénement, en des « lieux »
quil appelle « idéologiquement marqués
», le début et la fin dun article. Cest
ainsi que lambiance de la cérémonie sera toujours
soit émouvante, touchante, grandiose ou pieuse et, cette
cérémonie se fera solennellement avec une touchante
ferveur. Quant à la réussite de cette cérémonie,
elle sera garantie par le nombre de participants généralement
traduit par : une foule immense.
Ces considérations nous laissent supposer
quil y a eu, à lépoque, un genre darticle
propre aux inaugurations et commémorations de la Grande Guerre.
[600] Le Rappel, 2/08/1921, p. 2, col. 5-6.On remarque
limportance du vocabulaire utilisé par laumônier.
Il parle de sacrifice noblement consenti type de vocabulaire propre
à lépoque et révélateur de la
mémoire que lon élabore.
[601] Le Rappel, 2/08/1921, p. 2, col. 5-6 &
citation de Vers lAvenir, 1/08/1921, p. 2-3, col. 5-6.
[602] Cfr représentation du monument aux
combattants en annexe VI.
Carte postale du monument en Annexe XIX.
[603] PROST, A., Les monuments aux morts. Culte
républicain ? Culte civique ? Culte patriotique ? dans NORA,
P., Les lieux de mémoire. T.I, La république, Paris,
1984, p. 202.
[604] Vers lAvenir, 1/08/1921, p. 2-3, col.
6.
[605] Comme la constaté Annette Becker
pour la France, le réalisme de beaucoup de représentation
permet de connaître précisément luniforme
du soldat, son équipement au complet. BECKER, A., Les monuments
aux morts. Patrimoine et mémoire de la grande guerre, Paris,
1988, p. 21.
[606] Cfr représentation du monument en
annexe VII.
[607] Correspondance de Les amitiés Françaises
de Tamines envoyée au bourgmestre. 31/05/1923, dans Archives
de la commune de Tamines. Boîte 1.853.1. Monument P. Lefeuvre
et autres monuments (soldats).
Cette lettre annonce officiellement la création
du monument aux autorités communales. Cependant, le bourgmestre,
vice-président de ce comité, était au courant
du projet puisquil en parle au gouverneur de la province dans
une lettre datée du 26 mai 1922. Dans Lettre du Bourgmestre
au gouverneur. 26/05/1922. Archives de la commune de Tamines. Boîte
1.853.1. Monument P. Lefeuvre et autres monuments (soldats).
[608] Informations reprises sur les en-tête
de lettres de cette association.
[609] Correspondance de Les amitiés Françaises
de Tamines envoyée au bourgmestre. 4/06/1923, dans Archives
de la commune de Tamines. Boîte 1.853.1. Monument P. Lefeuvre
et autres monuments (soldats).
[610] Ibidem.
[611] Souscriptions pour le Monument à la
Gloire de lArmée Française et à la Mémoire
de ses Vaillants Soldats tombés à Tamines et Environs
lors de la Bataille de la Sambre en Août 1914 dans Archives
de la commune de Tamines. Boîte 1.853.1. Monument P. Lefeuvre
et autres monuments (soldats).
[612] Ibidem.
[613] Vers lAvenir, 30/07/1923, p. 1, col.
5. Cette citation constitue un autre exemple de vocabulaire typique
de lépoque. Nous avons étudié dans le
chapitre précédent limportance de lutilisation
de ce type de vocabulaire pour barbariser le soldat allemand. A
cet égard, notons que linauguration du monument constitue
un moment fort dexaltation patriotique très souvent
accompagné de barbarisation.
[614] Le Journal de Charleroi, 31/07/1923, p. 2,
col. 5.
Le Rappel début également son article
par lhistoire du massacre : (Tamines) cité martyre
non illustre cette terre qui a reçu le sang
de 387 victimes innocentes. (
) symbolise de toute sa douleur
et dans toute sa gloire aussi limage de la Patrie violée,
immolée à la rage dun envahisseur brutal et
sanguinaire
dans Le Rappel, 31/07/1923, p. 1, col. 5.
[615] Vers lAvenir, 1/08/1921, p. 1, col.
5 & Le Rappel, 31/07/1923, p. 1, col. 5 & Le Journal de
Charleroi, 31/07/1923, p. 2, col. 5.
[616] Vers lAvenir, 1/08/1921, p. 1, col.
5-6. & Le Rappel, 31/07/1923, p. 1, col. 5 & Le Journal
de Charleroi, 31/07/1923, p. 2, col. 5-6.
[617] Vers lAvenir, 1/08/1921, p. 1, col.
5.
[618] Cfr représentation du monument aux
soldats français en annexe VIII. Carte postale du monument
en Annexe XIX.
[619] Le Journal de Charleroi, 31/07/1923, p. 2,
col. 5-6.
[620] Vers lAvenir, 1/08/1921, p. 1, col.
6.
[621] Ibidem.
[622] Le Rappel, 31/07/1923, p. 1, col. 5-6.
[623] REY, A. et CHANTREAU, S., Dictionnaire des
expressions et locutions, Paris, 1989, p. 850-851.
[624] CAZENAVE, M. (ss la dir. de), Encyclopédie
des symboles, Turin, 1996, p. 497-498.
[625] Archives de la commune de Tamines. Commune
de Tamines. Registre aux délibérations du Conseil
Communal du 25/11/1918 au 24/7/1925, séance du 24/01/1919.
[626] Archives de la commune de Tamines. Commune
de Tamines. Registre aux délibérations du Conseil
Communal du 25/11/1918 au 24/7/1925, séance du 19/07/1921.
Signalons que lopposition libérale saccorde parfaitement
avec les vues catholiques quant aux raisons pour lesquelles il faut
commémorer cet événement. Par exemple, les
propos du Dr Defosse, échevin libéral, lillustrent
parfaitement bien : Considérant que des événements
dune telle gravité, survenus dans des circonstances
si atroces, appartiennent à lhistoire ; quils
doivent être commémorés indéfiniment
pour la sauvegarde de lhonneur des innocentes victimes de
la barbarie teutonne ; pour la conservation de la bonne réputation
de la commune de Tamines ; pour la revendication du droit des gens
; pour la reconnaissance dun fait dune importance capitale
au point de vue de la conduite et du succès de la guerre,
ce fait ayant puissamment contribué à soulever lindignation
du monde civilisé(
). Considérant quil
importe de perpétuer la flétrissure attachée
par le monde entier à lacte monstrueux dont les habitants
de Tamines ont été lobjet. dans Archives de
la commune de Tamines. Commune de Tamines. Registre aux délibérations
du Conseil Communal du 25/11/1918 au 24/7/1925, séance du
16/05/1922.
[627] Archives de la commune de Tamines. Commune
de Tamines. Registre aux délibérations du Conseil
Communal du 25/11/1918 au 24/7/1925, séance du 27/07/1920.
[628] Archives de la commune de Tamines. Commune
de Tamines. Registre aux délibérations du Conseil
Communal du 25/11/1918 au 24/7/1925, séance du 2/08/1921.
[629] Ibidem.
[630] Archives de la commune de Tamines. Commune
de Tamines. Registre aux délibérations du Conseil
Communal du 25/11/1918 au 24/7/1925, séance du 16/05/1922.
[631] Ibidem.
[632] Ibidem.
[633] Ibidem.
[634] Archives de la commune de Tamines. Commune
de Tamines. Registre aux délibérations du Conseil
Communal du 25/11/1918 au 24/7/1925, séance du 30/09/1922.
[635] Ibidem.
[636] Ibidem.
[637] Ibidem.
[638] Archives de la commune de Tamines. Commune
de Tamines. Registre aux délibérations du Conseil
Communal du 25/11/1918 au 24/7/1925, séance du 12/06/1923.
[639] Archives de la commune de Tamines. Commune
de Tamines. Registre aux délibérations du Conseil
Communal du 25/11/1918 au 24/7/1925, séance du 14/08/1923.
[640] Le Rappel, 23/08/1926, p.1-2 & Vers lAvenir,
23/08/1926, p. 1-2 & Le Journal de Charleroi, 23/08/1926, p.3.
[641] Le Rappel, 23/08/1926, p. 1, col.5.
[642] Ibidem.
[643] Ibidem.
[644] Vers lAvenir, 23/08/1926, p. 1, col.
5.
[645] BAELS Henri. (1878-1951) Homme politique
catholique, docteur en droit. Conseiller communal et échevin
d'Ostende de 1920 à 1926. Il fut nommé ministre de
l'Agriculture en 1926. De 1933 à 1940 il fut gouverneur de
la province de Flandre-Occidentale. DELZENNE, Y.-W. et HOUYOUX,
J., Le nouveau dictionnaire des Belges, Wavre, 1998, p. 19-20.
[646] Ibidem, p. 1, col. 5-6.
[647] Ibidem, p. 2, col. 1-4.
[648] Cfr représentations du monument aux
fusillés en annexe IX. Cartes postales du monument en Annexe
XIX.
[649] Inscription placardée au pied dune
haie sur un écriteau.
[650] CAZENAVE, M. (ss la dir. de), Encyclopédie
des symboles, Turin, 1996, p. 36.
[651] REY-DEBOVE, J. et REY, A. (ss. la dir. de),
Le nouveau petit Robert. Dictionnaire alphabétique et analogique
de la langue française, Paris, 1995, p. 1361.
[652] Ibidem.
[653] Vers lAvenir, 23/08/1926, p. 2.
[654] Nous avons consulté à cet effet
louvrage de Jean-Michel CHAUMONT, La concurrence des victimes.
Génocide, identité, reconnaissance paru en 1997. Son
étude porte sur le problème de reconnaissance et de
concurrence des victimes de la Shoah. Sa lecture nous a cependant
éclairé sur divers points, notamment sur le besoin
de reconnaissance que ressent la victime ou toute une communauté.
Son explication de la concurrence entre victimes nous a éclairé
sur une concurrence latente entre villes martyres après le
conflit. En effet, on trouve des citations pouvant créer
un climat de concurrence, comme celle du ministre Baels : La Belgique
tenlace comme son enfant préférée car
tu as le plus souffert (
) (Vers lAvenir, 23/08/1926,
p. 1, col. 5.)
[655] Vers lAvenir, 23/08/1926, p. 2, col.
1.
[656] On constate effectivement dans les discours,
les articles de presse, la mise en uvre de tout un vocabulaire
propre à la description de Tamines comme ville martyre. Par
exemple, citons à nouveau M. Baels dont les paroles illustrent
bien cet esprit: O ville désormais célèbre,
O Tamines pareille à une crucifiée : ton nom est sacré.
Sacrés tes quartiers : La Praile, les Alloux. Sacrées
tes rues, tes maisons, ton église ; sacrées tes places,
tes routes ; ta colline ; sacrée la rivière qui te
contourne.(
) La Belgique se prosterne devant toi, comme devant
la grande martyre ! (Vers lAvenir, 23/08/1926, p. 1, col.
5.) Cadre rappelant singulièrement, par ses ruines, et par
son air endeuillé, les heures dhorreur et de crimes
de 1914. (Le Rappel, 23/08/1921, p. 2, col. 3-4).
[657] Correspondance du président du comité
Les Déportés de Tamines envoyée au bourgmestre.
10/04/1922, dans Archives de la commune de Tamines. Boîte
1.853.1. Monument P. Lefeuvre et autres monuments (soldats).
[658] Correspondance du président du comité
Les Déportés de Tamines envoyée au bourgmestre.
5/04/1923, dans Archives de la commune de Tamines. Boîte 1.853.1.
Monument P. Lefeuvre et autres monuments (soldats).
[659] Décision du collège des bourgmestre
et échevins. 3/07/1923 & 5/09/1923, dans Archives de
la commune de Tamines. Boîte 1.853.1. Monument P. Lefeuvre
et autres monuments (soldats).
[660] Décision du collège des bourgmestre
et échevins. 3/07/1923, dans Archives de la commune de Tamines.
Boîte 1.853.1. Monument P. Lefeuvre et autres monuments (soldats).
[661] Correspondance du président du comité
Les Déportés de Tamines envoyée au Conseil
communal. 15/01/1927, dans Archives de la commune de Tamines. Boîte
1.853.1. Monument P. Lefeuvre et autres monuments (soldats).
[662] Correspondance du président du comité
Les Déportés de Tamines envoyée au Bourgmestre.
08/08//1927, dans Archives de la commune de Tamines. Boîte
1.853.1. Monument P. Lefeuvre et autres monuments (soldats).
[663] Programme de linauguration. Correspondance
du président du comité Les Déportés
de Tamines envoyée au Bourgmestre. 22/09/1927, dans Archives
de la commune de Tamines. Boîte 1.853.1. Monument P. Lefeuvre
et autres monuments (soldats).
[664] Le Rappel, 22/11/1927, p. 2., col. 6.
[665] Ibidem.
[666] Ibidem.
[667] Cfr représentation de la plaque aux
déportés en annexe X.
[668] CAZENAVE, M. (ss la dir. de), Encyclopédie
des symboles, Turin, 1996, p. 170-171.
[669] Ibidem, p. 360-361.
[670] PROST, A., Les monuments aux morts. Culte
républicain ? Culte civique ? Culte patriotique ? dans NORA,
P., Les lieux de mémoire. T.I, La république, Paris,
1984, p. 201.
[671] Correspondance du bourgmestre Duculot au
secrétaire communal M. Maretti. 5/11/1924, dans Archives
de la commune de Tamines. Boîte 1.853.1. Monument P. Lefeuvre
et autres monuments (soldats).
[672] Cfr représentation du monument du
cimetière en annexe XI.
[673] PROST, A., Les monuments aux morts. Culte
républicain ? Culte civique ? Culte patriotique ? dans NORA,
P., Les lieux de mémoire. T.I, La république, Paris,
1984, p. 206.
[674] Cfr représentation de la plaque fixée
dans le hall de la gare en annexe XII.
[675] CAZENAVE, M. (ss la dir. de), Encyclopédie
des symboles, Turin, 1996, p. 127-128.
[676] Ibidem, p. 351.
[677] BECKER, A., Les monuments aux morts. Patrimoine
et mémoire de la grande guerre, Paris, 1988, p. 47.
[678] Ibidem.
[679] Cfr représentation de la plaque funéraire
de léglise des Alloux en annexe XIII.
[680] Nous ne savons pas quels critères
ont été pris en compte pour retenir les noms des soldats
inscrits sur la pierre. En effet, ils sont 24 et là on en
trouve seulement 20. Il en va de même pour les noms de civils
fusillés, il ny en a que 335 sur 384. Ny a-t-il
que les soldats et les civils de la paroisse des Alloux ?
[681] Cfr représentations en annexe XIV
Cartes postales du cimetière en Annexe XIX.
[682] Archives de lévêché
de Namur. Fonds Schmitz et Nieuland. Linvasion allemande t.3
: Tamines et la bataille de la Sambre. Lettre du Feldwebel-Leutnant
Weber à M. le Bourgmestre de Tamines. 20/05/1916.
[683] Cfr représentation de la stèle
de L. Bonet en annexe XV.
[684] Cfr représentation des stèles
en annexe XVI.
[685] BECKER, A., La guerre et la foi. De la mort
à la mémoire. 1914-1930, Paris, 1994, p. 105.
[686] PROST, A., Les monuments aux morts. Culte
républicain ? Culte civique ? Culte patriotique ? dans NORA,
P., Les lieux de mémoire. T.I, La république, Paris,
1984, p. 197.
[687] NORA, P., Entre mémoire et histoire.
La problématique des lieux dans NORA, P. (ss. la dir. de)
Les lieux de mémoire. T. I. La République, Paris,
1984, p. XV-XLII. Voir lexplication de la mémoire collective
dans le chapitre III.
[688] Nous remarquerons que la commune de Tamines
affichera cette identité jusque dans ses armoiries. En effet,
en 1932 la commune reçoit l'autorisation d'intégrer
dans ses armes une nouvelle représentation qui symbolise
le massacre du 22 août 1914. Cfr représentation en
annexe XVIII.
[689] JOUTHE, E., Citoyenneté, identités
et immigrations, dans Pratiques de la citoyenneté et identités.
Actes de la 13e Conférence des Peuples de Langue française,
Liège 13-15 juillet 1995, Charleroi, 1996, p. 58-59.
[690] Cfr Denise JODELET et Serge MOSCOVICI
dans JODELET, D., Les représentations sociales, Paris, 1989.
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